Nos élus Provinciaux

mardi 5 novembre 2019

En solidarité avec le peuple kanak, nos organisations dénoncent les obstacles au processus de décolonisation

Le jeudi 10 octobre 2019 se réuniront à Paris les signataires des accords de Matignon et de Nouméa pour discuter des suites du processus de décolonisation de la Nouvelle-Calédonie, entamé en 1988. La date de la seconde consultation sur l’indépendance et la question des listes électorales seront à l’ordre du jour et des débats importants s’annoncent, à l’heure où les acquis et les revendications du mouvement indépendantiste ne cessent de rencontrer des obstacles.

Le processus de décolonisation a connu une étape cruciale avec la première consultation du 4 novembre 2018 qui a confirmé la très forte adhésion du peuple kanak à l’indépendance et prouvé qu’un vote majoritaire pour la pleine souveraineté faisait toujours partie des possibles, dans un futur proche. Deux autres consultations sont prévues par les accords de Nouméa, en 2020 et 2022, mais alors que celles-ci sont censées se dérouler dans des modalités identiques à la précédente, l’Etat et les partis non-indépendantistes profitent de ce laps de temps pour renforcer leur position au détriment du peuple kanak.
Les organisations françaises signataires, solidaires de l’indépendance kanak, dénoncent les stratégies mises en œuvre, en particulier : 
  • La volonté d’avancer la date de la seconde consultation, prévue normalement fin 2020. Ce changement serait défavorable au camp indépendantiste puisqu’il laisserait moins de temps à une évolution des votes, et tendrait donc à reproduire le résultat de novembre 2018 à l’avantage des non-indépendantistes.
  • Les demandes d’une nouvelle modification de la liste électorale spéciale : En 2018 un accord exceptionnel avait été conclu entre indépendantistes, non-indépendantistes et l’Etat visant à inscrire automatiquement les Kanak de statut coutumier sur la liste (25 000 personnes qui n’étaient jusque là inscrites sur aucune liste électorale) et en contrepartie à l’ouvrir aux natifs justifiant de 3 ans de résidence continue à la date du vote. Il avait été convenu lors du comité des signataires et à l’unanimité du Congrès de Nouvelle-Calédonie que cet accord ne s’appliquerait que pour la consultation de 2018, or les groupes politiques non-indépendantistes demandent aujourd’hui à ce que cette mesure s’applique également aux votes de 2020 et 2022, ce qui reviendrait à élargir une fois de plus le corps électoral référendaire et ainsi à diminuer la proportion de Kanak sur la liste, l’objectif étant de modifier le rapport de forces en leur défaveur. Cette demande, qui sera probablement portée lors du comité des signataires, ne doit pas recevoir le soutien de l’Etat, qui irait alors à l’encontre des accords qu’il a pourtant signés.
  • Le blocage du transfert de compétences prévu par l’article 27 de la loi organique de 1999 (audiovisuel, enseignement supérieur, contrôle de légalité des collectivités locales) : Ces compétences, qui devraient déjà être exercées par la Nouvelle-Calédonie, restent encore aux mains de l’État français, par une entente entre celui-ci et les partisans de la Calédonie française.
Dans le même temps, les revendications des indépendantistes relatives aux dysfonctionnements constatés lors de la première consultation rencontrent des obstacles. Il est urgent que ces irrégularités soient résolues avant le prochain vote. Nos organisations rappellent que cela relève de la compétence de l’Etat français tant que celui-ci conserve sa tutelle sur la Nouvelle-Calédonie. Nos organisations demandent donc qu’il prenne des engagements clairs en ce sens et accède aux demandes des groupes indépendantistes :
  • Un audit des listes électorales doit être mis en place pour s’assurer que toutes les personnes qui y sont inscrites ont vocation à l’être. Il reste en outre 2865 Kanak qui n’ont pas été inscrits automatiquement sur la liste électorale faute d’avoir une adresse connue de l’administration. Les officiers coutumiers, qui ont le statut de fonctionnaires territoriaux, doivent être chargés par l’Etat d’identifier les personnes non-inscrites.
  • Des moyens suffisants doivent être prévus lors du prochain scrutin pour pouvoir inscrire sur la liste le jour même du vote les personnes remplissant les critères. Cette disposition était prévue en 2018 mais le centre d’appel d’urgence n’a pas été doté des moyens nécessaires et a été saturé par le nombre important de demandes.
  • Les demandes de procuration faites en France doivent être facilitées et encouragées. En 2018 l’Etat a manqué à ses obligations à ce sujet : beaucoup de commissariats de police ou gendarmeries n’ont pas été informés de l’existence d’un vote en Nouvelle-Calédonie et ont renvoyé de nombreux demandeurs qui se présentaient pour établir leur procuration. 
Le processus de décolonisation est à l’œuvre depuis 1988, il a été confirmé en 1998 par les accords de Nouméa, signés par toutes les parties en présence et inscrit par une loi organique dans la Constitution française. Il ne peut donc pas être remis en cause et il n’est pas acceptable que le mouvement indépendantiste soit forcé à chaque comité des signataires et à chaque scrutin de s’engager dans un bras de fer pour défendre les acquis de sa lutte et l’application des accords.
Premiers signataires Collectif Solidarité Kanaky, Association Information et Soutien aux Droits du Peuple Kanak (AISDPK), Association Survie, Mouvement des jeunes kanak en France (MJKF), Union Syndicale Solidaires, Réseau syndical international de solidarités et de luttes, FASTI (Fédération des Association de Solidarité avec Tou-te-s les Immigré-e-s) Ensemble !, Nouveau parti anticapitaliste (NPA)
Contact presse Thomas Borrel - (+33)6 52 21 15 61 - thomas@survie.org

Vers la fin d'un colonialisme français: soutien à l'émancipation du peuple kanak

« L’Etat reconnaît la vocation de la Nouvelle-Calédonie à bénéficier, à la fin de cette période, d’une complète émancipation », stipulait l'Accord de Nouméa signé le 5 mai 1998. Une centaine de personnalités appelle l'Etat à honorer sa parole et à engager « un processus de décolonisation progressif » afin que que le peuple kanak accède à sa pleine souveraineté.
 
«Lorsque la France prend possession de la Grande Terre, que James Cook avait dénommée ''Nouvelle-Calédonie'', le 24 septembre 1853, elle s’approprie un territoire selon les conditions du droit international alors reconnu par les nations d’Europe et d’Amérique, elle n’établit pas des relations de droit avec la population autochtone. Les traités passés, au cours de l’année 1854 et les années suivantes, avec les autorités coutumières, ne constituent pas des accords équilibrés mais, de fait, des actes unilatéraux. […] La colonisation a porté atteinte à la dignité du peuple kanak qu’elle a privé de son identité. […] Il convient de faire mémoire de ces moments difficiles, de reconnaître les fautes, de restituer au peuple kanak son identité confisquée, ce qui équivaut pour lui à une reconnaissance de sa souveraineté. […] La décolonisation est le moyen de refonder un lien social durable entre les communautés qui vivent aujourd’hui en Nouvelle-Calédonie, en permettant au peuple kanak d’établir avec la France des relations nouvelles correspondant aux réalités de notre temps.» Accord de Nouméa, 5 mai 1998.
Depuis la signature de ce texte il y a vingt ans, la Nouvelle-Calédonie est entrée dans un processus de décolonisation progressif dont le seul terme envisagé est l’accession du pays à l’indépendance et à la pleine souveraineté.
Dans le courant de l’année 2020, le peuple kanak et l’ensemble des citoyens de la Kanaky-Nouvelle-Calédonie habilités à voter se prononceront sur le transfert des cinq dernières compétences régaliennes (monnaie, justice, police, défense, affaires étrangères), sur l’organisation de la citoyenneté en nationalité et sur l’accès à un statut international de pleine responsabilité. Leur approbation équivaudra à la pleine souveraineté de la Nouvelle-Calédonie. Ce choix leur appartient.
Depuis Nainville-les-Roches en 1983, le peuple kanak a décidé d’ouvrir son droit à l’autodétermination aux «victimes de l’histoire», aux descendants de bagnards, de transportés, d’engagés sous contrats venus du Vietnam ou d’Indonésie, aux populations venues de France, de Wallis et de Futuna ou d’autres régions du monde, qui sont installées de longue date et durablement dans le pays et qui y détiennent leurs intérêts moraux et matériels.
Cette invitation à construire un pays souverain et à former une nation multiculturelle, cette main tendue doit être saisie.
Après l’intervention du président de la République à Alger qualifiant le colonialisme de crime contre l’humanité, après la remise de l’acte de prise de possession de la Nouvelle-Calédonie par la France par le chef de l’Etat au gouvernement calédonien le 5 mai 2018, il appartient aujourd’hui à l’Etat de prolonger ces actes symboliques hautement appréciables par des actes en conséquence et de saisir cette opportunité de réussir sa première décolonisation en douceur. Il en va de l’honneur et de la grandeur de France, pays de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Il en va d’un avenir dans la paix et la sérénité en Kanaky-Nouvelle-Calédonie.
La volonté d’indépendance n’est pas une négation de la France mais l’affirmation d’un peuple, d’une nation. Le mouvement indépendantiste entend établir avec la France et le peuple français des relations nouvelles d’égal à égal, de nation souveraine à nation souveraine, dans le respect mutuel et dans le cadre d’un partenariat librement consenti.
L’histoire récente des rapports de la France et de la Nouvelle-Calédonie a été marquée par trop d’indécisions, d’occasions manquées et de paroles non tenues comme l’avait constaté en son temps Michel Rocard. Ces errements passés ont conduit à des violences que plus personne ne souhaite revivre aujourd’hui ni en Kanaky-Nouvelle-Calédonie ni en France.
Les signataires du présent appel, conscients que seule l’indépendance garantira un avenir de paix, de stabilité et de justice sociale, apportent leur soutien à la volonté du peuple kanak rejoint par de nombreux citoyens issus d’autres communautés implantées durablement sur le territoire, d’accéder à leur complète émancipation et en appellent à l’Etat afin qu’il honore sa parole : «L’Etat reconnaît la vocation de la Nouvelle-Calédonie à bénéficier, à la fin de cette période, d’une complète émancipation.»

Signataires:
Renata Ada-Ruata, écrivaine ;
Joseph Andras, écrivain ;
Sandra Alvarez de Toledo, éditrice ;
Patrick Amand, écrivain ;
Jean-Michel Baudouin, écrivain, dramaturge, musicien de jazz ;
Patrick Bard, écrivain, photographe ;
Georges Bartoli, photographe ;
Miguel Benasayag, philosophe ;
Alain Bellet, écrivain ;
Alban Bensa, anthropologue ;
Jean Bigot, producteur ;
Alain Bihr, professeur honoraire de sociologie ;
Pascal Blanchard, historien ; 
Antoine Blocier, écrivain ;
Dominique Cabrera, réalisatrice, actrice ;
Caroline Caccavale, cinéaste ;
Carlos, dessinateur ;
Patrick Castex, économiste ;
Joseph Cesarini, cinéaste ;
Bernard Chambaz, écrivain ;
Gérald Collas, producteur INA ;
Jean-Louis Comolli, cinéaste, écrivain ;  
Annie Comolli, anthropologue ;
Patrick Chamoiseau, écrivain ;
Noëlle Châtelet, universitaire, écrivain ;
Gioia Costa, auteur dramatique ; 
Didier Daeninckx, écrivain ; 
Jean-Baptiste Delpias, monteur ;
Aristide Demonico, comédien,
Christine Demmer, anthropologue ;
Pascal Dessaint, écrivain ;
Pascal Didier, poète ;
Abdelkader Djemaï, écrivain ;
Annie Ernaux, écrivaine ;
FASTI (Fédération des associations de solidarité avec tous-te-s les immigré-e-s)
Patrick Fort, écrivain 
Jean-Claude Gallotta, chorégraphe ;
Thierry Garrel, producteur Arte ;
Tony Gatlif, cinéaste, compositeur ;
François Gèze, éditeur ;  
Dominique Grange, chanteuse engagée ;
Claude Guisard, producteur ;
Christine Hamelin, anthropologue université Paris ;
Laurent Heynemann, cinéaste ;
Frédéric Hocquard, maire adjoint ;
Tassadit Imache, auteure ;
François Joly, écrivain ;
Daniel Kupferstein, cinéaste documentariste ;   
Mehdi Lallaoui, cinéaste ;
Alain Lance, poète, traducteur ;
Denis Lanoy, metteur en scène ;
Mathilde Larrère, historienne ;
Ginette Lavigne, réalisatrice et monteuse ;
Isabelle Leblic, anthropologue ;
Hervé Le Corre, écrivain ;
Hugues Lepaige, journaliste-réalisateur ;
Michael Lowy, sociologue, ancien chercheur au CNRS ;
Dominique Manotti, écrivaine ;
Gilles Manceron, historien ; 
Jean-Paul Manganaro, professeur, traducteur ;
Philippe Martel, professeur des universités émérite (occitan) ;
Roger Martin, écrivain ;
Isabelle Merle, historienne, anthropologue ; 
Mourad Merzouki, chorégraphe ;
Marie-José Mondzain, philosophe ; 
Edgar Morin, philosophe ;
Gérard Mordillat, écrivain, cinéaste ;
Claire Moyse-Faurie, linguiste ;
François Muratet, écrivain ;
Nicolas Offenstadt, historien ;
Marc Pataut, photographe ;
Colette Piat, romancière,
Luc Quinton, plasticien colleur d’histoires ; 
Gilles Del Pappas, écrivain
Pef, dessinateur, écrivain ; 
Christian Pierrel, directeur de publication, Fédération des associations de solidarité avec tous-te-s les immigré-e-s ;
Claude Pennetier, chercheur, historien ;
Roland Pfefferkorn, professeur émérite de sociologie ;
Edwy Plenel, journaliste, écrivain ;
Jeanne Puchol, dessinatrice ; 
Jean-Luc Raharimanana, écrivain ;
Patrick Raynal, écrivain ;
Severine Roussel, architecte ;
Christian Roux, écrivain, musicien ;
Alain Ruscio, historien ;
Alcine Salangros, militant associatif ;
Jean-Marc Salmon, chercheur en sciences sociales ;
Christine Salomon, anthropologue INSERM ;
Eric Sarner, écrivain ;
Benjamin Stora, historien ;
Gérard Streiff, écrivain ;
Christiane Strullu, chanteuse, militante associative ; 
Jacques Tardi, dessinateur ;
Lilian Thuram, champion du monde de football ;
Marcel Trillat, journaliste ;
Marie Jeanne Verny, professeure émérite de langue et littérature occitanes
Damien Vidal, auteur de bande dessinée ;
Catalina Villar, réalisatrice ; 
Marina Vlady, comédienne ;
Eric Wittersheim, anthropologue EHESS ;
Philippe Zourgane, architecte ;
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Le second référendum sur l’indépendance de la Kanaky aura lieu le 30 août ou le 6 septembre

Ce jeudi, Edouard Philippe recevait les partis politiques de Kanaky à Matignon. Le but étant de préparer le second référendum sur l’indépendance du Caillou prévu par les accords de Nouméa. Il aura lieu le 30 août ou le 6 septembre et les non kanak nouvellement majeurs ayant plus de trois ans de résidence ne seront pas inscrits d’office sur les listes électorales.
Edouard Philippe a reçu ce jeudi à Matignon les leaders « loyalistes » et indépendantistes kanaks afin de se mettre d’accord sur la date et le corps électoral pour le prochain référendum sur l’indépendance de la Kanaky. Selon les accords de Nouméa de 1988, trois consultations sont prévues en cas de victoire du « non » aux deux premiers exercices.
Le premier ministre a obtenu un accord après de longues heures de négociations.
La réunion à Matignon a débuté par des discussions sur l’économie de la Kanaky en l’absence d’une partie des indépendantistes, qui ont estimé que cela ne rentrait pas dans le cadre de l’accord de Nouméa. Le gouvernement a annoncé « près de 75,5 millions d’euros supplémentaires aux contrats de développement des collectivités calédoniennes, ainsi que près de 125 millions d’euros de liquidités pour refinancer les banques calédoniennes, en manque d’épargne », selon L’Express. Un joli petit chèque pour faire croire que la France est généreuse et soucieuse du bien être des habitants du Caillou. Mais il ne faut pas se faire d’illusion. Cet argent ira pour le Sud de l’île où se concentrent les élites et à forte majorité Caldoches (population issue essentiellement de l’immigration européenne). Au nord où les Kanaks sont majoritaires, le chômage est massif, le nombre de non-diplômés dépasse les 50% de la population. Les Kanaks sont en minorité sur leur propre sol et n’occupent pas de postes clefs. Le premier Kanak à devenir avocat a prêté serment en… 2016. C’est-à-dire 163 ans après le début de la colonisation.
La deuxième partie des négociations de ce jeudi portée sur la date et le corps électoral. Le deuxièeme référendum se tiendra donc soit le 30 août soit le 6 septembre. Edouard Philippe a annoncé que la date définitive sera fixée « dans les quinze jours ».

Des discussions qui s’annonçaient difficiles pour le pouvoir français

Lors du premier référendum, le « oui » à l’indépendance a recueilli 43,3 % des voix. Cela a été une grande surprise puisqu’il était crédité de 20 à 30 % dans les sondages.
Prévu normalement fin 2020, les Caldoches (population issue essentiellement de l’immigration européenne) cherchaient à avancer le plus possible le deuxième référendum afin de restreindre la campagne pour l’indépendance et de reproduire le résultat de novembre 2018.
Edouard Philippe avait exprimé son souhait que cette deuxième consultation « soit aussi irréprochable que la première ».
C’est une question de point de vue. Le premier référendum a vu bon nombre d’irrégularités. Tout d’abord, le gouvernement n’a pas permis à de nombreux Kanaks de faire leur procuration en ne dotant pas les gendarmeries et commissariats de police du matériel nécessaire. Les forces de l’ordre renvoyant chez eux les Kanaks venus exercer leur droit démocratique.
Le deuxième problème du premier référendum a été le corps électoral. En effet, les Kanaks ont obtenu l’inscription d’environ 7 000 des leurs sur les listes électorales lors de l’accord de 2017. Il restait encore 12 100 Kanaks non-inscrits, soit 6% du corps électoral du premier référendum. En échange de cette concession, les Caldoches ont eu le droit d’inscrire sur les listes plus de 3 000 des leurs.
Ces manœuvres ont pour but d’empêcher sous une pseudo-légalité les Kanaks de se prononcer pour leur autodétermination. Ils sont en minorité sur leur propre terre suite aux vagues de colonisations notamment celles de la fin des années 70, une immigration censée « blanchir » l’archipel encouragé par les gouvernements français.

La date retenue pour le référendum aura un fort impact

L’Avenir en Confiance, alliance des partis de droite anti-indépendantiste, souhaitait aller très vite. Dirigé par un courant radical opposé à « toute nouvelle concession aux indépendantistes », ils avaient remporté les élections de mai dernier en faisant campagne pour accélérer le processus de consultation afin d’ancrer définitivement la Kanaky dans la République française. Si possible sous Macron. Le but étant également d’empêcher les indépendantistes de faire campagne et mobiliser massivement les Kanaks.
Calédonie Ensemble (UDI) souhaitait au contraire prendre son temps afin que le troisième référendum soit organisé après les présidentielles. Philippe Dunoyer, porte-parole de Calédonie Ensemble, explique à La 1ère.franceinfo qu’ « Il faut prendre toutes les mesures, y compris en matière d’inscription sur les listes électorales, notamment avec une révision complémentaire, pour que le référendum se passe le mieux possible » craignant « une instrumentalisation politique au plan national ».
Par le passé, les élections présidentielles en France ont eu de grave conséquence pour les Kanaks. Le massacre de la grotte d’Ouvéa s’est déroulé à l’occasion de l’entre-deux tours des élections de 1988 entre Mitterrand et Chirac. Le président socialiste sortant a laissé à Chirac la responsabilité du massacre qui lui de son côté voulait montrer sa fermeté.Les enjeux politiques de cette période ont accéléré la prise de décision du massacre qui a coûté la vie à 19 Kanaks.
De son côté le FLNKS voulait un référendum organisé la première semaine de novembre 2020, c’est à dire le délai maximum. Ils voulaient un maximum de temps pour faire campagne et tenter de faire aussi bien que lors du premier référendum. Pierre Chanel Tutugoro du FLNKS, explique à La 1ère.franceinfo qu’il faut « Donner le temps à l’état et à ses services de pouvoir amener les mesures collectives pour que les dysfonctionnements qui avaient été pointés au moment de la première consultation, puissent mettre en place des mesures collectives ».
Edouard Philippe a décidé d’avancer le référendum. Relevé par Le Monde, le relevé de conclusions de la réunion justifie le choix du 30 août ou du 6 septembre 2020. Ces dates « permettent de conserver l’ensemble des alternatives possibles visant à éviter la concomitance des échéances électorales nationales du printemps 2022, à préparer la sortie de l’accord de Nouméa et à envisager une éventuelle troisième consultation en 2021 ou en 2022 ». C’est surtout une concession aux Caldoches comme le montre les déclarations de la chef de fil de l’AEC, Sonia Backès. « Nous avons obtenu que la date soit avancée, et la possibilité de mener le processus à son terme avant la fin de la mandature peut être envisagée », jugeant le bilan « positif ». De plus cela fait 2 mois de campagne en moins pour les Kanaks. En échange, le gouvernement a décidé de ne pas inscrire automatiquement sur les listes électorales les non kanak nouvellement majeurs ayant plus de trois ans de résidence continue sur l’archipel.

La question du corps électoral, ou qui décide de l’indépendance du peuple Kanak

Comme lors du premier référendum la question de qui votera est centrale. Si les partis Caldoches semblent être en désaccord sur le calendrier, ils se retrouvent sur ce point. Ils voulaient ouvrir les listes électorales aux « natifs » justifiant de 3 ans de résidence continue à la date du vote pour les référendums de 2020 et 2022. Augmentant ainsi leur capacité de vote et de mettre encore plus en minorité le vote kanak.
Du côté du FLNKS, il n’en était pas question. S’ils souhaitaient le maintien de dispositifs mis en place pour le 4 novembre 2018, comme le vote des détenus par correspondance, ils refusent l’inscription automatique des « natifs », considérant que les accords de 2018 étaient exceptionnels.
D’après Le Monde, il aurait fallu une loi organique pour changer la liste électorale, ce que refusaient les indépendantistes. Mais Edouard Philippe l’a assuré, ils « seront identifiés et contactés personnellement » afin qu’ils fassent la démarche de s’inscrire sur cette liste. Par contre il n’y aucune annonce sur les Kanaks non inscrit sur les listes électorales.
Le corps électoral de 2018 avantageait déjà les Caldoches. Il fallait habiter en Kanaky depuis 1993 et être né sur le Caillou et vivre 3 ans en résidence continue sur le sol kanak avant la date du vote. Une forte population d’origine européenne pouvaient donc voter pour savoir si les Kanaks, les véritables natifs, pouvaient accéder à leur indépendance. Les européens n’ont pas voté lors du référendum sur l’indépendance de l’Algérie. Ici, les colons ont le droit de vote et on constate que cela a une importance non négligeable sur le résultat.

Un premier référendum où les Kanaks avaient voté oui !

Pour constater l’effet que peut avoir le vote des européens sur l’issu du référendum, il suffit de regarder les résultats de la dernière consultation. Ce serait entre 80 et 90% des Kanaks qui auraient voté pour l’indépendance en 2018. Le Nord de l’archipel est 4 fois moins peuplé que le Sud et les Kanaks y représentent 70,5% de la population contre 26.1% dans le Sud. Dans la province Nord de la Grande Terre, le « oui » à l’indépendance l’a emporté avec 76,98% des voix. Le territoire des îles Loyauté au Nord est peuplé à 94% de Kanaks. Il est composé des îles Maré, Lifou et Ouvéa. Le « oui » l’a emporté respectivement à 84,8%, 79,92% et 84,18% sur ces îles. Dans le Sud, majoritairement composé de Caldoches et beaucoup plus peuplés, c’est le « non » qui l’emporte avec 73,7% des voix.
Avec ces résultats on constate que la question du corps électoral est centrale pour le référendum à venir. Edouard Philippe avant la réunion de ce jeudi avait déjà donné le ton : « réussir cette deuxième consultation, ça veut dire que nous devons nous reposer sur ce qui a déjà été fait ». C’est à dire ouvrir aux non-kanaks la possibilité de voter. Si finalement il n’est pas allé jusque-là en changeant la loi, il a annoncé que l’État allait faire des démarches pour les contacter individuellement afin qu’ils s’inscrivent eux même sur les listes. Par contre, il ne semble pas que l’État fasse de même avec les Kanaks non inscrit.
Une fois encore, les Kanaks se voient déposséder de leur droit à l’autodétermination.
Pour que ce référendum soit juste, il faudrait que seulement les vrais Kanaks puissent voter ainsi que les descendants des bagnards, leurs gardiens et les agriculteurs des premières colonies de peuplement et les descendants de la main d’œuvre importé par les colons, c’est à dire les victimes de l’histoire, les victimes de l’impérialisme français.

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