PARTI TRAVAILLISTE

KANAKY

mardi 22 septembre 2020

Free Kanaky

 

Issue référendaire incertaine en Nouvelle-Calédonie-Kanaky

« le national-populisme est un fait récurrent et devient massif quand il y a fragilisation du lien social, déconnexion entre système politique et société, et incertitudes sur l'identité nationale. Ces éléments se conjuguent aujourd'hui. Ils se conjuguent d'autant plus dangereusement que des phénomènes nouveaux les cristallisent. Les communautés-cibles proviennent du passé colonial français, d'un passé qui n'a pas été assumé de manière cohérente par sa mémoire collective » 1

La bipolarisation de la classe politique néo-calédonienne, conforte la nécessité d'une consultation citoyenne 2, au sujet de l'accès ou non à l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie-Kanaky. Traduisant de véritable matchs politiques référendaire entre deux ethno-nationalisme ( kanak vs français ) 3.

« Une autre source de la pensée raciale a été le « darwinisme social », qui a promu une vision hiérarchique du monde en interprétant les inégalités sociales comme naturelles et les tentatives d'y remédier comme une menace de submersion des supérieurs par les inférieurs, un risque de dégénérescence. Telle est l'origine de l'eugénisme. Ces exemples illustrent l'existence d'une matrice commune au nationalisme, au racisme et aux conceptions hiérarchiques de la société  » 4

D'un côté une « superbe à la française » forte du paradigme libéral, attribuant (soi dit en passant) aux insulaires 5, un sacre existentiel sans substance. Autrement dit, une « liberté » qui paradoxalement ne fournit pas plus de moyens ( que cela) de contrôler leurs vies ( du moins pour ceux qui n'ont pas un statut de privilégiés), bien au contraire les asservit d'avantage à la société de consommation.

" être libre ce n'est rien, devenir libre c'est le ciel " Fichte

De l'autre la vision indigéniste 6, nuance la modernité d'avoir ériger « l'homme total », tandis qu'elle a ostracisé les racisés, au seul profit des « blancs » . Reflétant ainsi la vision essentialisante de l'indépendance, comme solution ultime, aux maux du peuple premier 7.

« Si l’intégration s’adresse à des individus achevés ou en devenir c’est pour leur accorder la plénitude de leurs droits selon une perspective égalitariste abstraite, qui voilerait, pour mieux les ignorer, les origines et les particularités dont ils sont dépositaires. » 8

La cristallisation politique, n'est-elle pas le reflet d'une certaine suffisance ? Suffisance, d'une vision apologétique marxiste qui consiste à contrôler le processus de transformation du nickel. Certes viable, mais au combien aliénante via une perception émancipatrice du surproductivisme, au grand dam semble t-il de la biosphère. Et pour cause, cela dénote le discours de certains indépendantistes, de vouloir miser sur une forme d' « économie de rente » 9, tout en vantant le rapport privilégié à la terre du peuple premier, qu'eux mêmes ( sous couvert de modernité) contribuent à pervertir. Suffisance à « rester » français qui logiquement n'exempte en aucuns cas de « devoir » porter un projet de société ( quand bien-même) ambitieux, répondant ainsi à des enjeux contemporain ( exemple, le réchauffement climatique). Suffisance, du fait de ne pas, envisager de manière ferme, un « après nickel », traduisant une certaine tiédeur politique, d'aborder cette question. Et enfin suffisance d'évoquer le destin commun, telle une formule magique unitaire qui revêtirait d'avantage la forme d'une « thérapie de groupe stérile », renvoyant chacun devant sa volonté de tendre ( ou non) la main à l'autre, sans jamais vraiment s'attaquer aux disparités sociales qui sévissent sur cet archipel et qui menacent ( vraisemblablement) le « vivre-ensemble ».

« Mes frères en esprits, écrivains de France (…). Que votre voix s'élève ! Il faut que vous aidiez ceux qui disent les choses telles qu'elles sont, non pas telles qu'on voudrait qu'elles fussent. Et plus tard, lorsqu'on aura nettoyé les suburres coloniales, je vous peindrai quelques-uns de ces types que j'ai déjà croqués, mais que je conserve, un temps encore, en mes cahiers. Je vous dirai qu'en certaines régions, de malheureux nègres ont été obligés de vendre leurs femmes à un prix variant de vingt-cinq à soixante-quinze francs pièce pour payer leur impôt de capitation. Je vous dirai... Mais, alors, je parlerai en mon nom et non pas au nom d'un autre ; ce seront mes idées que j'exposerai et non pas celles d'un autre. Et, d'avance, des Européens que je viserai, je les sais si lâches que je suis sûr que pas un n'osera me donner le plus léger démenti. Car, la large vie coloniale, si l'on pouvait savoir de quelle quotidienne bassesse elle est faite, on en parlerait moins, on n'en parlerait plus. Elle avilit peu à peu. Rares sont, même parmi les fonctionnaires, les coloniaux qui cultivent leur esprit. Ils n'ont pas la force de résister à l'ambiance. On s'habitue à l'alcool. » 10

Cette suffisance souligne un manque de vision commune, une perspective clientéliste  cherchant à attiser les foules quant à une issue référendaire, encore incertaine. Si bien qu'en l'état actuel, les référendums scindent d'avantage les électeurs, marquant la difficulté de constituer un peuple. Tant ils ont tendance à entretenir un climat social et politique, pour le moins crispé. Perceptible entre autres via une bataille de communication ( d'informations ou de désinformation) qui fuse sur la toile ( via notamment l'apparition de « facho-sphères »). Étant donné que cette consultation, s'articule dans l'imaginaire collectif néo-calédonien, autour de l'antagonisme « tradition vs modernité » 11 qui s'amorcerait, telle une aporie.

« Cette tension entre race, culture et nation n'avait point été entièrement effacée, ni par la Révolution ni par le républicanisme. Certes la Révolution avait affirmé la primauté de l'égalité de tous et de la commune appartenance à la cité républicaine sur toutes autres formes de distinction sociale ou raciale. Mais, en même temps, la France révolutionnaire n'avait cessé de faire de la différence raciale un facteur de définition de la citoyenneté. Petit à petit, la tension entre un universalisme ignorant de la couleur et un républicanisme libéral friand des stéréotypes raciaux les plus grossiers s'était enracinée dans la science et dans la culture populaire françaises au moment de l'expansion coloniale. Elle s'était exacerbée dans un contexte où l'impérialisme colonial avait pour fonction de revivifier la nation et le « caractère français » et de « diffuser les bienfaits de la civilisation ». Au demeurant, la nécessité de diffuser notre « civilisation » ne se justifiait que par la distinction nationale entre la France et ses Autres. » 12

1 Claude Liauzu, Minorités, citoyenneté, nationalité. L'identité française entre archaïsme et modernité, Le Monde Diplomatique, août 1998. 
2 C'est à dire une mesure pour le peuple mais dont l'avenir institutionnel se construira sans lui.
3 Mais tout deux plus ou moins au service d'un capitalisme financier.
4 Claude Liauzu, L'usage des termes « race, ethnie, nation » dans le contexte des conquêtes coloniales françaises », Table-Ronde « Rapports interethniques à Madagascar et construction nationale (19e et 20e siècles », 4 -5 décembre 1998, sous la direction de Françoise Raison, université Paris 7 – Denis Diderot.
5 Vraisemblablement indignes de ce privilège pour ceux dot les origines renvoi à la nature ( les racisés kanak et/ou océanien) autant dire des êtres qui ne sont pas dotés de « raison ».
6L' indigénisme c'est interpréter le monde par essence, en identités ataviques. D'autant plus que les valeurs d'appartenances sont aussi bien « inclusive », qu' « exclusive ». C'est en quoi le fait d'instituer une identité, au détriment d'autres, cristallise le monde, dans la binarité ( s'exposant à d'éventuelles rixes possible du « eux contre nous ») . Etre indigéniste c'est adopter la vision que « chaque peuple a une identité et une seulement ». Hors dépasser l'indigénisme, c'est « exorciser » l'identité de sa substance chauvine, sans pour autant abandonner sa nationalité, « mais considérer l'identité locale comme non exhaustive » ( Said, 2000). « , dépasser l'indigénisme ne veut pas dire abandonner sa nationalité : dans ces conditions, on sera moins ardent à s'enfermer dans sa communauté, avec ses rites d'appartenance, son chauvinisme et son sentiment de sécurité appauvrissant.(...) La nouvelle alternative est la libération, non l'indépendance nationaliste – libération qui par nature suppose de passer rapidement dit Fanon, de la conscience nationale à la conscience politique et sociale. » ( Said, 2000) Said Edward W, Culture et impérialisme, Fayard Le Monde Diplomatique, 2000, p.325-327.7 Souhait porté par des acteurs politiques bien installés dans leurs fonctions et qui ont perduré l'approche institutionnaliste, d'un Jean-Marie Tjibaou.
8 Nacira Guénif-Souilamas, « En un combat douteux », Revue européenne des migrations internationales, vol. 21 - n°2 | 2005, 91-109.
9 Avec pour model ( par excellence) l'usine KNS.
10 René Maran, Batouala 1921.
11 Mais encore « particularisme vs universalisme ».
12 Achille Mbembe, Sortir de la grande nuit, La Découverte, Paris, 2010, p.66.

Jean-Michel Guiard 

Source

Louis Kotra Uregei élu à la tête du MNSK

Congrès du MNSK
©Caroline Antic-Martin
Le congrès constitutif du Mouvement nationaliste pour la souveraineté de Kanaky (MNSK) se tenait samedi matin à la Vallée-du-Tir. Louis Kotra Uregei a été élu président du mouvement.
 
A Nouméa, une centaine de militants avait fait le déplacement samedi matin, à la Maison des syndicats, pour entériner les statuts du nouveau parti et désigner son bureau executif. Louis Kotra Uregei a été élu président.
 
Congrès du MNSK
©Caroline Antic-Martin
 

Etre à la table des négociations après le référendum

Ce nouveau parti issu de la fusion du Part travailliste et du MNIS (Mouvement nationaliste, indépendantiste et souverainiste) entend se faire une place au côté du FLNKS : « Le FLNKS n’a pas le monopole du projet indépendantiste, lance Munéiko Haocas, 2e vice-présidente du mouvement. Et nous, nous nous positionnons vraiment en cela : nous sommes l’alternative. Et nous serons demain à la table des négociations avec l’ensemble des formations politiques de ce pays. Demain, les premières actions, ce seront des campagnes d’information. Pour nous, le 4 octobre, c’est le rendez-vous historique du FLNKS et des loyalistes avec l’histoire. Mais demain, que ce soit le Oui ou le Non qui passe, nous serons à la table des négociations. »

Source

mardi 8 septembre 2020

Référendum en Nouvelle-Calédonie : le compromis incertain

Dans un mois pile, le 4 octobre prochain, se tiendra la deuxième consultation sur l’indépendance de la collectivité du Pacifique. La campagne se radicalise et les postures se crispent, au risque de perpétuer une situation intenable.

Bipolarisation de la campagne

En mai 2018, les élections provinciales – les plus importantes du territoire –, ont en effet rebattu les cartes, menant à « une bipolarisation de la recomposition politique », d’après Christiane Rafidinarivo, chercheuse invitée au Cevipof Sciences-Po. La majorité non-indépendantiste s’est transformée, explique la politiste : les loyalistes modérés de Calédonie Ensemble, jusqu’alors au pouvoir, ont cédé la place à une coalition de six partis, dont le Rassemblement national, réfractaires aux concessions. Et du côté indépendantiste, les rangs de l’historique Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), plutôt pondéré, ont été rejoints, entre autres, par le Parti travailliste (PT) qui avait refusé de participer au premier scrutin.

Autre motif de crispation : si le « Non » à l’indépendance l’emporte une nouvelle fois, un seul et dernier vote d’autodétermination sera organisé, selon les termes de l’accord de Nouméa de 1998. « Aujourd’hui, le “non” rassure, le “oui” inquiète. Pourtant, trois “non” devraient fortement inquiéter les Calédoniens », estime Mathias Chauchat, professeur de droit public à l’université de Nouvelle-Calédonie et partisan d’une émancipation progressive. « S’impose aujourd’hui l’idée qu’on ne pourra pas revenir en arrière et qu’une émancipation est irrémédiablement en marche, quelle que soit l’issue des référendums successifs », confirme Isabelle Merle, directrice de recherche au CNRS, spécialiste de la Nouvelle-Calédonie.

Vers un compromis sur la binationalité ?

Reste cependant à dépasser les craintes du camp loyaliste, qui paraissent insurmontables, à l’instar de la perte du passeport français en cas d’indépendance. Pour rassurer, les indépendantistes du FLNKS proposent à présent la possibilité de garder la nationalité française, et d’introduire, de facto, une binationalité. Mais l’État français traîne du pied. Dans un document qui détaille les implications du « Oui » et du « Non », le gouvernement n’avance aucune garantie, expliquant qu’il reviendra à l’Assemblée nationale et au Sénat de « déterminer les conditions dans lesquelles un maintien dans la nationalité française de certains ressortissants du nouvel État serait possible ». De quoi prolonger, encore, les incertitudes.

Free Kanaky


 

Oui, construsons ensemble une nouvelle nation



 

Votons OUI


 

Présentation du Mouvement Nationnaliste pour la Souveraineté de Kanaky









 

lundi 6 juillet 2020

Le Parti Travailliste participera au prochain référendum


Le Parti travailliste participera au prochain référendum
©Clarisse Watue/NC la 1ère

La décision a été prise lors de la Convention du parti, réuni hier, à la Vallée du tir. Un changement de stratégie, en 2018 le PT n’avait pas souhaité participer à la première consultation référendaire.

Après près de sept heures d’échanges, la décision est prise: le Parti Travailliste sera présent le 4 octobre et il fera porter sa voix. Tous les représentants des comités communaux des trois provinces ont tranché massivement dans ce sens.
Il s’agit maintenant pour Louis Kotra Uregei d’appeler à un vote massif pour le Oui à l’indépendance "pour affirmer le nationalisme kanak, pour l’indépendance kanak socialiste".
 
A la Convention du PT à la Valée du tir 
©Ingrid C.

Un retour après une absence "justifiée" en 2018 selon le PT 

Le Parti Travailliste, était absent au scrutin référendaire en 2018. Les raisons évoquées par le mouvement indépendantiste : l’ouverture du corps électoral,  l’échec de l’application de l’Accord de Nouméa. Des raisons qui restent d’actualité pour Louis Kotra Uregei, même si cette fois-ci il appelle à participer au référendum du 4 octobre.
"Dans le bilan que nous faisons aujourd’hui de l’Accord de Nouméa, c’est que le peuple kanak a toujours été absent à tous les niveaux dans son pays. Nous voulons que les choses changent, nous appelons nos gens à se mobiliser, pour affirmer la revendication d’indépendance dans le vote du Oui à ce référendum.
-Louis Kotra Uregei, président du Parti Travailliste
"

Dans la campagne référendaire mais en solo

 Pour la campagne référendaire, le Parti Travailliste est clair, pas question d’intégrer les Comités Nationalistes Citoyens du FLNKS.
Convention du PT à la Vallée du tir
©Ingrid C.

 "Nous allons porter notre propre décision à travers la campagne que nous allons mener. On veut s’inscrire dans des perspectives d’avenir du mouvement nationaliste kanak-Louis Kotra Uregei, président du PT"

Prochaine étape pour le parti travailliste

Le Parti Travailliste qui appelle aussi les résidents des îles à s’inscrire dans les bureaux de vote délocalisés, organisera le 1er août un séminaire sur la sortie de l’Accord de Nouméa ouvert à tous les nationalistes.

Le reportage de Caroline Antic-Martin et Carawiane Carawiane :
 


source

mardi 10 mars 2020

Nouvelle-Calédonie : la France doit réussir sa première décolonisation sans violence

Alors que les signataires des accords de Nouméa se réunissent ce jeudi à Paris pour fixer la date du deuxième référendum sur l’avenir de l’archipel, une centaine de personnalités apportent leur soutien à la mobilisation des indépendantistes.


Tribune. «Lorsque la France prend possession de la Grande Terre, que James Cook avait dénommée ''Nouvelle-Calédonie'', le 24 septembre 1853, elle s’approprie un territoire selon les conditions du droit international alors reconnu par les nations d’Europe et d’Amérique, elle n’établit pas des relations de droit avec la population autochtone. Les traités passés, au cours de l’année 1854 et les années suivantes, avec les autorités coutumières, ne constituent pas des accords équilibrés mais, de fait, des actes unilatéraux. […] La colonisation a porté atteinte à la dignité du peuple kanak qu’elle a privé de son identité. […] Il convient de faire mémoire de ces moments difficiles, de reconnaître les fautes, de restituer au peuple kanak son identité confisquée, ce qui équivaut pour lui à une reconnaissance de sa souveraineté. […] La décolonisation est le moyen de refonder un lien social durable entre les communautés qui vivent aujourd’hui en Nouvelle-Calédonie, en permettant au peuple kanak d’établir avec la France des relations nouvelles correspondant aux réalités de notre temps.» Accord de Nouméa, 5 mai 1998.
Depuis la signature de ce texte il y a vingt ans, la Nouvelle-Calédonie est entrée dans un processus de décolonisation progressif dont le seul terme envisagé est l’accession du pays à l’indépendance et à la pleine souveraineté.
Dans le courant de l’année 2020, le peuple kanak et l’ensemble des citoyens de la Kanaky-Nouvelle-Calédonie habilités à voter se prononceront sur le transfert des cinq dernières compétences régaliennes (monnaie, justice, police, défense, affaires étrangères), sur l’organisation de la citoyenneté en nationalité et sur l’accès à un statut international de pleine responsabilité. Leur approbation équivaudra à la pleine souveraineté de la Nouvelle-Calédonie. Ce choix leur appartient.
Depuis Nainville-les-Roches en 1983, le peuple kanak a décidé d’ouvrir son droit à l’autodétermination aux «victimes de l’histoire», aux descendants de bagnards, de transportés, d’engagés sous contrats venus du Vietnam ou d’Indonésie, aux populations venues de France, de Wallis et de Futuna ou d’autres régions du monde, qui sont installées de longue date et durablement dans le pays et qui y détiennent leurs intérêts moraux et matériels.
Cette invitation à construire un pays souverain et à former une nation multiculturelle, cette main tendue doit être saisie.
Après l’intervention du président de la République à Alger qualifiant le colonialisme de crime contre l’humanité, après la remise de l’acte de prise de possession de la Nouvelle-Calédonie par la France par le chef de l’Etat au gouvernement calédonien le 5 mai 2018, il appartient aujourd’hui à l’Etat de prolonger ces actes symboliques hautement appréciables par des actes en conséquence et de saisir cette opportunité de réussir sa première décolonisation en douceur. Il en va de l’honneur et de la grandeur de France, pays de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Il en va d’un avenir dans la paix et la sérénité en Kanaky-Nouvelle-Calédonie.
La volonté d’indépendance n’est pas une négation de la France mais l’affirmation d’un peuple, d’une nation. Le mouvement indépendantiste entend établir avec la France et le peuple français des relations nouvelles d’égal à égal, de nation souveraine à nation souveraine, dans le respect mutuel et dans le cadre d’un partenariat librement consenti.
L’histoire récente des rapports de la France et de la Nouvelle-Calédonie a été marquée par trop d’indécisions, d’occasions manquées et de paroles non tenues comme l’avait constaté en son temps Michel Rocard. Ces errements passés ont conduit à des violences que plus personne ne souhaite revivre aujourd’hui ni en Kanaky-Nouvelle-Calédonie ni en France.
Les signataires du présent appel, conscients que seule l’indépendance garantira un avenir de paix, de stabilité et de justice sociale, apportent leur soutien à la volonté du peuple kanak rejoint par de nombreux citoyens issus d’autres communautés implantées durablement sur le territoire, d’accéder à leur complète émancipation et en appellent à l’Etat afin qu’il honore sa parole : «L’Etat reconnaît la vocation de la Nouvelle-Calédonie à bénéficier, à la fin de cette période, d’une complète émancipation.»

Signataires : Didier Daeninckx, écrivain ; Jean-Louis Comolli, cinéaste, écrivain ; Joseph Andras, écrivain ; Alban Bensa, anthropologue ; Lilian Thuram, champion du monde de football, Pascal Blanchard, historien ; Claude Guisard, producteur ; Marcel Trillat, journaliste ; Marie-José Mondzain, philosophe ; Jean-Claude Gallotta, chorégraphe ; Benjamin Stora, historien ; Patrick Chamoiseau, écrivain ; Gérard Streiff, écrivain ; Jacques Tardi, dessinateur ; Dominique Grange, chanteuse engagée ; Pascal Didier, poète ; Frédéric Hocquard, maire adjoint ; Hugues Lepaige, journaliste-réalisateur ; Claude Pennetier, chercheur, historien ; Gérard Mordillat, écrivain, cinéaste ; Jean-Michel Baudouin, écrivain, dramaturge, musicien de jazz ; Marc Pataut, photographe ; Jean-Marc Salmon, chercheur en sciences sociales ; Pef, dessinateur, écrivain ; Annie Ernaux, écrivaine ; François Muratet, écrivain ; Jean-Luc Raharimanana, écrivain ; Roger Martin, écrivain ; Philippe Zourgane, architecte ; Severine Roussel, architecte ; Antoine Blocier, écrivain ; Renata Ada-Ruata, écrivaine ; Christian Roux, écrivain, musicien ; Alain Bihr, professeur honoraire de sociologie ; Patrick Amand, écrivain ; Gilles Del Pappas, écrivain ; Alcine Salangros, militant associatif ; Christiane Strullu, chanteuse, militante associative ; François Joly, écrivain ; Jeanne Puchol, dessinatrice ; Tony Gatlif, cinéaste, compositeur ; Eric Sarner, écrivain ; Patrick Castex, économiste ; Catalina Villar, réalisatrice ; Sandra Alvarez de Toledo, éditrice ; Dominique Cabrera, réalisatrice, actrice ; Jean-Baptiste Delpias, monteur ; Gérald Collas, producteur INA ; Ginette Lavigne, réalisatrice et monteuse ; Annie Comolli, anthropologue ; Gioia Costa, auteur dramatique ; Jean-Paul Manganaro, professeur, traducteur ; Georges Bartoli, photographe ; Mourad Merzouki, chorégraphe ; Nicolas Offenstadt, historien ; Patrick Raynal, écrivain ; Mehdi Lallaoui, cinéaste ; Alain Bellet, écrivain ; Patrick Fort, écrivain ; Patrick Bard, écrivain, photographe ; Tassadit Imache, auteure ; Caroline Caccavale, cinéaste ; Joseph Cesarini, cinéaste ; Abdelkader Djemaï, écrivain ; Daniel Kupferstein, cinéaste documentariste ; Roland Pfefferkorn, professeur émérite de sociologie ; Denis Lanoy, metteur en scène ; Alain Lance, poète, traducteur ; Luc Quinton, plasticien colleur d’histoires ; Hervé Le Corre, écrivain ; Gilles Manceron, historien ; Laurent Heynemann, cinéaste ; Denis Lanoy, metteur en scène ; Pascal Dessaint, écrivain ; Carlos, dessinateur ; Edgar Morin, philosophe ; François Gèze, éditeur ; Miguel Benasayag, philosophe ; Mathilde Larrère, historienne ; Alain Ruscio, historien ; Pascal Didier, poète ; Dominique Manotti, écrivaine ; Bernard Chambaz, écrivain ; Damien Vidal, auteur de bande dessinée ; Jean Bigot, producteur ; Isabelle Leblic, anthropologue ; Claire Moyse-Faurie, linguiste ; Thierry Garrel, producteur Arte ; Isabelle Merle, historienne, anthropologue ; Christine Demmer, anthropologue ; Christian Pierrel, directeur de publication, Fédération des associations de solidarité avec tous-te-s les immigré-e-s ; Edwy Plenel, journaliste, écrivain ; Michael Lowy, sociologue, ancien chercheur au CNRS ; Eric Wittersheim, anthropologue EHESS ; Christine Hamelin, anthropologue université Paris ; Christine Salomon, anthropologue INSERM ; Marina Vlady, comédienne ; Philippe Martel, professeur des universités émérite (occitan) ; Marie Jeanne Verny, professeure émérite de langue et littérature occitanes.
Un collectif de personnalités 
 
source 

Municipales : une liste Parti travailliste dans chaque commune des Loyauté

Municipales 2020 : appels au vote du Parti travailliste, Vallée-du-Tir, 3 mars
 
 
Au tour du Parti travailliste de préciser ses appels au vote pour les élections municipales. Il présente des candidats à Lifou, Maré et Ouvéa. Il soutient plusieurs listes unitaires indépendantistes et nationalistes. Et laisse le choix à ses adhérents dans le reste de la Nouvelle-Calédonie.
René Kaudre dirige la liste «Parti travailliste Drehu Toka» de Lifou. Bernard Enoka mène la liste Parti travailliste de Maré. Et à Ouvéa, où les électeurs auront à départager sept listes, Jean-Yves Waimo emmène celle intitulée Parti travailliste / MNIS.
 

Seulement trois listes PT

Pour ces municipales, le PT présente donc trois candidats en son nom, quatre fois moins qu'en 2014. Mardi matin, à la Vallée-du-Tir, le mouvement a détaillé sa stratégie et ses ambitions pour le scrutin des 15 et 22 mars. «Le Parti travailliste a une liste dans chaque commune des îles Loyauté, une liste qui est ouverte au MNIS», développe son dirigeant Louis Kotra Uregei.
 

Démarche unitaire à Païta, au Mont-Dore ou à La Foa

«Sur un certain nombre de communes de la Grande terre, enchaîne-t-il, nous avons des listes unitaires, que nous soutenons et pour lesquelles nous appelons à voter.» C'est le cas à Païta, où André Forest figure en troisième position sur la liste Votre identité notre richesse conduite par Louis Mapou. Au Mont-Dore, Notre ville vers une nation arc-en-ciel compte Marie-Héloïse Wamytan-Uregei à la cinquième place. Et à La Foa, Jean-Fideli Malalua est numéro cinq sur la liste Ciri.
 

«Selon leur conscience»

«Et puis, vous avez des communes où nous n’avons pas de représentant, et nous laissons le libre choix à ceux qui sont des adhérents ou des sympathisants du Parti travailliste, pour voter selon leur conscience», résume LKU. 
 

Grandes thématiques et priorités locales

Quant aux thèmes privilégiés pour faire campagne : «Les différentes listes ont chacune leurs priorités. Ce sont des élections locales, donc avec des programmes qui concernent en particulier chaque commune, répond Louis Kotra Uregei. Après, au niveau du Parti travailliste, vous avez quand même des grandes questions qui concernent la jeunesse, l’emploi, le social, la protection de l’environnement.»
 

jeudi 12 décembre 2019

Le Parti travailliste prendra le temps de se positionner pour le référendum


Louis Kotra Uregei en ouverture du dixième congrès du PT, parti travailliste, 30 novembre 2019
Louis Kotra Uregei en ouverture du congrès. ©NC la 1ere
 
Alors qu'une décision était attendue, le Parti travailliste a terminé son dixième congrès sans arrêter de position concernant sa participation, ou non, au deuxième référendum. Une nouvelle réunion sera dédiée au sujet après les municipales.
Le Parti travailliste a pris la décision… de reporter la décision ! A l'issue de son dixième congrès, ce week-end, à Nouméa, le mouvement n'a pas tranché quant à sa participation à la prochaine consultation.
 

«Il y a des positions différentes»

«Nous avons décidé de reporter la décision, concernant le référendum de 2020, dans une convention qui va se tenir après les élections municipales», relate ce dimanche Louis Kotra Uregei, qui a été reconduit dans sa fonction de président. «Il y a des positions différentes et il n’y a pas eu assez de temps pour débattre. On a préféré consacrer encore du temps.»
 

Réflexion au sein des comités

Chaque comité est donc appelé à «retourner réfléchir». La dite-convention, qui sera dédiée au sujet, pourrait avoir lieu en juin ou juillet.  Ecoutez LKU au téléphone d’Alix Madec :
Dixième congrès du PT, LKU


 Un «peut-être» sous conditions

Dans son discours d'ouverture, samedi matin, il avait déclaré que «le Parti travailliste pourrait envisager d’appeler à voter à la prochaine consultation». Mais en fixant des conditions à remplir par le FLNKS.
 

Deuxième référendum : le Parti travailliste réuni en congrès entend se positionner

Dixième Congrès du parti travailliste, à Nouméa, 30 novembre 2019

©Bernard Lassauce / NC la 1ere
 
Le dixième congrès du Parti travailliste, ce week-end à Nouméa, doit permettre de dresser un bilan du mouvement, de préparer les élections municipales et surtout d'arrêter la stratégie adoptée pour la consultation du 6 septembre 2020. 
C’est devant des rangs clairsemés que le PT a ouvert samedi matin son dixième congrès à la Maison des syndicats, dans le quartier nouméen de la Vallée-du-Tir. Un rendez-vous placé sous le thème «Une autre voie est possible», dont le temps fort devrait être le positionnement adopté pour le référendum du 6 septembre 2020.

Possible participation, sous conditions

«Le Parti travailliste pourrait envisager d’appeler à voter à la prochaine consultation», a déclaré le président, Louis Kotra Uregei, dans son discours d'ouverture. Un scénario qui doit être discuté, et tranché, durant ce congrès. «A condition, bien sûr, que le FLNKS», a-t-il ajouté :
- «premièrement, se décide à redevenir le véritable mouvement de libération pour lequel il avait été mis en place le 24 septembre 1984, rassemblant l’ensemble des forces politiques indépendantistes élargies aux syndicats et aux groupes de lutte divers» ;
- «deuxièmement, qu’il revienne aux engagements pris lors de sa création et poursuive le projet d’indépendance kanak socialiste».

La «fausse bonne idée» de l'indépendance avec partenariat

Car LKU dresse de nouveau un bilan sans concession : «Depuis 1988, le FLNKS a progressivement abandonné les engagements de lutter pour obtenir une indépendance kanak socialiste», a-t-il déclaré. FLNKS qui aurait renoncé à toute chance de victoire en 2018 par opportunisme, et par repli sur ses deux provinces, a martelé LKU. «43,33 % pour le "Oui" et 56,7 % pour le "Non" constitue bien un échec pour les indépendantistes. Il est donc clair que l’indépendance avec partenariat, demandée par le FLNKS est une fausse bonne idée, qui conduirait à l’instauration d'un régime de type néo-colonial.»

L'Accord de Nouméa, ce «mirage»

Et de souhaiter un front à nouveau réuni sur la seule base de l'IKS. «Arrêtons de croire à un pseudo destin commun qui nous a leurrés depuis le mirage de l’Accord de Nouméa, a harangué le président du PT. «Le seul destin commun qui soit commun à tous les peuples, c’est la liberté.» En juillet 2018, le parti a choisi la non-participation au référendum du 4 novembre. Et fait campagne en ce sens.

Le compte-rendu de Bernard Lassauce et Patrick Nicar :

source

mardi 5 novembre 2019

En solidarité avec le peuple kanak, nos organisations dénoncent les obstacles au processus de décolonisation

Le jeudi 10 octobre 2019 se réuniront à Paris les signataires des accords de Matignon et de Nouméa pour discuter des suites du processus de décolonisation de la Nouvelle-Calédonie, entamé en 1988. La date de la seconde consultation sur l’indépendance et la question des listes électorales seront à l’ordre du jour et des débats importants s’annoncent, à l’heure où les acquis et les revendications du mouvement indépendantiste ne cessent de rencontrer des obstacles.

Le processus de décolonisation a connu une étape cruciale avec la première consultation du 4 novembre 2018 qui a confirmé la très forte adhésion du peuple kanak à l’indépendance et prouvé qu’un vote majoritaire pour la pleine souveraineté faisait toujours partie des possibles, dans un futur proche. Deux autres consultations sont prévues par les accords de Nouméa, en 2020 et 2022, mais alors que celles-ci sont censées se dérouler dans des modalités identiques à la précédente, l’Etat et les partis non-indépendantistes profitent de ce laps de temps pour renforcer leur position au détriment du peuple kanak.
Les organisations françaises signataires, solidaires de l’indépendance kanak, dénoncent les stratégies mises en œuvre, en particulier : 
  • La volonté d’avancer la date de la seconde consultation, prévue normalement fin 2020. Ce changement serait défavorable au camp indépendantiste puisqu’il laisserait moins de temps à une évolution des votes, et tendrait donc à reproduire le résultat de novembre 2018 à l’avantage des non-indépendantistes.
  • Les demandes d’une nouvelle modification de la liste électorale spéciale : En 2018 un accord exceptionnel avait été conclu entre indépendantistes, non-indépendantistes et l’Etat visant à inscrire automatiquement les Kanak de statut coutumier sur la liste (25 000 personnes qui n’étaient jusque là inscrites sur aucune liste électorale) et en contrepartie à l’ouvrir aux natifs justifiant de 3 ans de résidence continue à la date du vote. Il avait été convenu lors du comité des signataires et à l’unanimité du Congrès de Nouvelle-Calédonie que cet accord ne s’appliquerait que pour la consultation de 2018, or les groupes politiques non-indépendantistes demandent aujourd’hui à ce que cette mesure s’applique également aux votes de 2020 et 2022, ce qui reviendrait à élargir une fois de plus le corps électoral référendaire et ainsi à diminuer la proportion de Kanak sur la liste, l’objectif étant de modifier le rapport de forces en leur défaveur. Cette demande, qui sera probablement portée lors du comité des signataires, ne doit pas recevoir le soutien de l’Etat, qui irait alors à l’encontre des accords qu’il a pourtant signés.
  • Le blocage du transfert de compétences prévu par l’article 27 de la loi organique de 1999 (audiovisuel, enseignement supérieur, contrôle de légalité des collectivités locales) : Ces compétences, qui devraient déjà être exercées par la Nouvelle-Calédonie, restent encore aux mains de l’État français, par une entente entre celui-ci et les partisans de la Calédonie française.
Dans le même temps, les revendications des indépendantistes relatives aux dysfonctionnements constatés lors de la première consultation rencontrent des obstacles. Il est urgent que ces irrégularités soient résolues avant le prochain vote. Nos organisations rappellent que cela relève de la compétence de l’Etat français tant que celui-ci conserve sa tutelle sur la Nouvelle-Calédonie. Nos organisations demandent donc qu’il prenne des engagements clairs en ce sens et accède aux demandes des groupes indépendantistes :
  • Un audit des listes électorales doit être mis en place pour s’assurer que toutes les personnes qui y sont inscrites ont vocation à l’être. Il reste en outre 2865 Kanak qui n’ont pas été inscrits automatiquement sur la liste électorale faute d’avoir une adresse connue de l’administration. Les officiers coutumiers, qui ont le statut de fonctionnaires territoriaux, doivent être chargés par l’Etat d’identifier les personnes non-inscrites.
  • Des moyens suffisants doivent être prévus lors du prochain scrutin pour pouvoir inscrire sur la liste le jour même du vote les personnes remplissant les critères. Cette disposition était prévue en 2018 mais le centre d’appel d’urgence n’a pas été doté des moyens nécessaires et a été saturé par le nombre important de demandes.
  • Les demandes de procuration faites en France doivent être facilitées et encouragées. En 2018 l’Etat a manqué à ses obligations à ce sujet : beaucoup de commissariats de police ou gendarmeries n’ont pas été informés de l’existence d’un vote en Nouvelle-Calédonie et ont renvoyé de nombreux demandeurs qui se présentaient pour établir leur procuration. 
Le processus de décolonisation est à l’œuvre depuis 1988, il a été confirmé en 1998 par les accords de Nouméa, signés par toutes les parties en présence et inscrit par une loi organique dans la Constitution française. Il ne peut donc pas être remis en cause et il n’est pas acceptable que le mouvement indépendantiste soit forcé à chaque comité des signataires et à chaque scrutin de s’engager dans un bras de fer pour défendre les acquis de sa lutte et l’application des accords.
Premiers signataires Collectif Solidarité Kanaky, Association Information et Soutien aux Droits du Peuple Kanak (AISDPK), Association Survie, Mouvement des jeunes kanak en France (MJKF), Union Syndicale Solidaires, Réseau syndical international de solidarités et de luttes, FASTI (Fédération des Association de Solidarité avec Tou-te-s les Immigré-e-s) Ensemble !, Nouveau parti anticapitaliste (NPA)
Contact presse Thomas Borrel - (+33)6 52 21 15 61 - thomas@survie.org

Vers la fin d'un colonialisme français: soutien à l'émancipation du peuple kanak

« L’Etat reconnaît la vocation de la Nouvelle-Calédonie à bénéficier, à la fin de cette période, d’une complète émancipation », stipulait l'Accord de Nouméa signé le 5 mai 1998. Une centaine de personnalités appelle l'Etat à honorer sa parole et à engager « un processus de décolonisation progressif » afin que que le peuple kanak accède à sa pleine souveraineté.
 
«Lorsque la France prend possession de la Grande Terre, que James Cook avait dénommée ''Nouvelle-Calédonie'', le 24 septembre 1853, elle s’approprie un territoire selon les conditions du droit international alors reconnu par les nations d’Europe et d’Amérique, elle n’établit pas des relations de droit avec la population autochtone. Les traités passés, au cours de l’année 1854 et les années suivantes, avec les autorités coutumières, ne constituent pas des accords équilibrés mais, de fait, des actes unilatéraux. […] La colonisation a porté atteinte à la dignité du peuple kanak qu’elle a privé de son identité. […] Il convient de faire mémoire de ces moments difficiles, de reconnaître les fautes, de restituer au peuple kanak son identité confisquée, ce qui équivaut pour lui à une reconnaissance de sa souveraineté. […] La décolonisation est le moyen de refonder un lien social durable entre les communautés qui vivent aujourd’hui en Nouvelle-Calédonie, en permettant au peuple kanak d’établir avec la France des relations nouvelles correspondant aux réalités de notre temps.» Accord de Nouméa, 5 mai 1998.
Depuis la signature de ce texte il y a vingt ans, la Nouvelle-Calédonie est entrée dans un processus de décolonisation progressif dont le seul terme envisagé est l’accession du pays à l’indépendance et à la pleine souveraineté.
Dans le courant de l’année 2020, le peuple kanak et l’ensemble des citoyens de la Kanaky-Nouvelle-Calédonie habilités à voter se prononceront sur le transfert des cinq dernières compétences régaliennes (monnaie, justice, police, défense, affaires étrangères), sur l’organisation de la citoyenneté en nationalité et sur l’accès à un statut international de pleine responsabilité. Leur approbation équivaudra à la pleine souveraineté de la Nouvelle-Calédonie. Ce choix leur appartient.
Depuis Nainville-les-Roches en 1983, le peuple kanak a décidé d’ouvrir son droit à l’autodétermination aux «victimes de l’histoire», aux descendants de bagnards, de transportés, d’engagés sous contrats venus du Vietnam ou d’Indonésie, aux populations venues de France, de Wallis et de Futuna ou d’autres régions du monde, qui sont installées de longue date et durablement dans le pays et qui y détiennent leurs intérêts moraux et matériels.
Cette invitation à construire un pays souverain et à former une nation multiculturelle, cette main tendue doit être saisie.
Après l’intervention du président de la République à Alger qualifiant le colonialisme de crime contre l’humanité, après la remise de l’acte de prise de possession de la Nouvelle-Calédonie par la France par le chef de l’Etat au gouvernement calédonien le 5 mai 2018, il appartient aujourd’hui à l’Etat de prolonger ces actes symboliques hautement appréciables par des actes en conséquence et de saisir cette opportunité de réussir sa première décolonisation en douceur. Il en va de l’honneur et de la grandeur de France, pays de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Il en va d’un avenir dans la paix et la sérénité en Kanaky-Nouvelle-Calédonie.
La volonté d’indépendance n’est pas une négation de la France mais l’affirmation d’un peuple, d’une nation. Le mouvement indépendantiste entend établir avec la France et le peuple français des relations nouvelles d’égal à égal, de nation souveraine à nation souveraine, dans le respect mutuel et dans le cadre d’un partenariat librement consenti.
L’histoire récente des rapports de la France et de la Nouvelle-Calédonie a été marquée par trop d’indécisions, d’occasions manquées et de paroles non tenues comme l’avait constaté en son temps Michel Rocard. Ces errements passés ont conduit à des violences que plus personne ne souhaite revivre aujourd’hui ni en Kanaky-Nouvelle-Calédonie ni en France.
Les signataires du présent appel, conscients que seule l’indépendance garantira un avenir de paix, de stabilité et de justice sociale, apportent leur soutien à la volonté du peuple kanak rejoint par de nombreux citoyens issus d’autres communautés implantées durablement sur le territoire, d’accéder à leur complète émancipation et en appellent à l’Etat afin qu’il honore sa parole : «L’Etat reconnaît la vocation de la Nouvelle-Calédonie à bénéficier, à la fin de cette période, d’une complète émancipation.»

Signataires:
Renata Ada-Ruata, écrivaine ;
Joseph Andras, écrivain ;
Sandra Alvarez de Toledo, éditrice ;
Patrick Amand, écrivain ;
Jean-Michel Baudouin, écrivain, dramaturge, musicien de jazz ;
Patrick Bard, écrivain, photographe ;
Georges Bartoli, photographe ;
Miguel Benasayag, philosophe ;
Alain Bellet, écrivain ;
Alban Bensa, anthropologue ;
Jean Bigot, producteur ;
Alain Bihr, professeur honoraire de sociologie ;
Pascal Blanchard, historien ; 
Antoine Blocier, écrivain ;
Dominique Cabrera, réalisatrice, actrice ;
Caroline Caccavale, cinéaste ;
Carlos, dessinateur ;
Patrick Castex, économiste ;
Joseph Cesarini, cinéaste ;
Bernard Chambaz, écrivain ;
Gérald Collas, producteur INA ;
Jean-Louis Comolli, cinéaste, écrivain ;  
Annie Comolli, anthropologue ;
Patrick Chamoiseau, écrivain ;
Noëlle Châtelet, universitaire, écrivain ;
Gioia Costa, auteur dramatique ; 
Didier Daeninckx, écrivain ; 
Jean-Baptiste Delpias, monteur ;
Aristide Demonico, comédien,
Christine Demmer, anthropologue ;
Pascal Dessaint, écrivain ;
Pascal Didier, poète ;
Abdelkader Djemaï, écrivain ;
Annie Ernaux, écrivaine ;
FASTI (Fédération des associations de solidarité avec tous-te-s les immigré-e-s)
Patrick Fort, écrivain 
Jean-Claude Gallotta, chorégraphe ;
Thierry Garrel, producteur Arte ;
Tony Gatlif, cinéaste, compositeur ;
François Gèze, éditeur ;  
Dominique Grange, chanteuse engagée ;
Claude Guisard, producteur ;
Christine Hamelin, anthropologue université Paris ;
Laurent Heynemann, cinéaste ;
Frédéric Hocquard, maire adjoint ;
Tassadit Imache, auteure ;
François Joly, écrivain ;
Daniel Kupferstein, cinéaste documentariste ;   
Mehdi Lallaoui, cinéaste ;
Alain Lance, poète, traducteur ;
Denis Lanoy, metteur en scène ;
Mathilde Larrère, historienne ;
Ginette Lavigne, réalisatrice et monteuse ;
Isabelle Leblic, anthropologue ;
Hervé Le Corre, écrivain ;
Hugues Lepaige, journaliste-réalisateur ;
Michael Lowy, sociologue, ancien chercheur au CNRS ;
Dominique Manotti, écrivaine ;
Gilles Manceron, historien ; 
Jean-Paul Manganaro, professeur, traducteur ;
Philippe Martel, professeur des universités émérite (occitan) ;
Roger Martin, écrivain ;
Isabelle Merle, historienne, anthropologue ; 
Mourad Merzouki, chorégraphe ;
Marie-José Mondzain, philosophe ; 
Edgar Morin, philosophe ;
Gérard Mordillat, écrivain, cinéaste ;
Claire Moyse-Faurie, linguiste ;
François Muratet, écrivain ;
Nicolas Offenstadt, historien ;
Marc Pataut, photographe ;
Colette Piat, romancière,
Luc Quinton, plasticien colleur d’histoires ; 
Gilles Del Pappas, écrivain
Pef, dessinateur, écrivain ; 
Christian Pierrel, directeur de publication, Fédération des associations de solidarité avec tous-te-s les immigré-e-s ;
Claude Pennetier, chercheur, historien ;
Roland Pfefferkorn, professeur émérite de sociologie ;
Edwy Plenel, journaliste, écrivain ;
Jeanne Puchol, dessinatrice ; 
Jean-Luc Raharimanana, écrivain ;
Patrick Raynal, écrivain ;
Severine Roussel, architecte ;
Christian Roux, écrivain, musicien ;
Alain Ruscio, historien ;
Alcine Salangros, militant associatif ;
Jean-Marc Salmon, chercheur en sciences sociales ;
Christine Salomon, anthropologue INSERM ;
Eric Sarner, écrivain ;
Benjamin Stora, historien ;
Gérard Streiff, écrivain ;
Christiane Strullu, chanteuse, militante associative ; 
Jacques Tardi, dessinateur ;
Lilian Thuram, champion du monde de football ;
Marcel Trillat, journaliste ;
Marie Jeanne Verny, professeure émérite de langue et littérature occitanes
Damien Vidal, auteur de bande dessinée ;
Catalina Villar, réalisatrice ; 
Marina Vlady, comédienne ;
Eric Wittersheim, anthropologue EHESS ;
Philippe Zourgane, architecte ;
source