1984-2014 : le FLNKS célèbre demain à
Nouville son trentième anniversaire. L’expérience politique du Front est
marquée de divers combats. De la lutte armée à la négociation des
accords et la gestion de collectivités. Regard sur une page de
l’histoire du pays.
De la revendication nationaliste sur les barrages, à
la célèbre poignée de main, et la campagne des législatives 2012, le
FLNKS est passé par tous les combats en trente ans.
Photos Archives LNC/ Le Mémorial Calédonien
Le 24 septembre 1984, le sigle FLNKS apparaît à la lumière. Paraphée par
des « indépendantistes kanak », des « non-Kanak anticolonialistes »,
mais aussi des « syndicats », des « associations » ou des « églises »,
une charte précise ce jour-là les « objectifs du peuple kanak » engagé
dans « une lutte de libération nationale pour faire triompher ses droits
». Trente ans se sont écoulés et la finalité institutionnelle du Front
demeure, mais l’axe du combat a évolué dans sa forme : de l’indépendance
kanak et socialiste pure et dure, à l’accession du pays à sa pleine
souveraineté. Imprimée dans tous les magazines du monde, l’image
saisissante d’Éloi Machoro brisant l’urne de Canala dépeint la
conviction absolue liée à cette période. La stratégie du FLNKS a été
corrigée après une prise de conscience que l’histoire de la
Nouvelle-Calédonie ne se résumait plus à un bras de fer entre le
Français blanc et le Kanak colonisé. L’affaire est désormais bien plus
complexe. D’ailleurs, lors des réunions ordinaires ou dans les campagnes
électorales, outre les aspirations du peuple kanak, le pays est pris en
considération avec toutes ses composantes. « Fondamentalement, la
vision de l’indépendance a changé, s’est mue parce qu’à partir du moment
où l’on accepte les autres, il faut pouvoir répondre à leurs besoins de
vie, gérer la vie de la cité que l’on veut commune », analyse un
responsable politique.
Souffle. Le leader
charismatique Jean-Marie Tjibaou a apporté, à une heure déterminante,
une autre dimension, un autre souffle, le choix du dialogue. Une option
forte qui survivra après sa mort. Le passage du rapport guerrier à la
logique des scrutins a placé le FLNKS dans l’arène du pouvoir et, par
ricochet, dans l’apprentissage de la gestion communale, provinciale,
territoriale, et même internationale avec, par exemple, le Groupe Fer de
Lance. Les élus de cette sensibilité ont leurs moyens et leurs credo.
Comme la formation des jeunes ou encore le développement local. « Nos
parents l’ont décidé, indiquait un des fils de Jean-Marie Tjibaou,
Jean-Philippe, l’an dernier à Ouvéa : à un moment, il faut qu’on arrête
les fusils et qu’on prenne les stylos. » Au cours de ces trois décennies
de conflits et d’accords, l’avis sur le lien avec la France a également
évolué. De la rupture nette à la construction d’une relation
privilégiée. Pour des questions historiques, démographiques et
économiques. Ce point crucial anime aujourd’hui les débats au sein des
quatre partis du Front.
Empoignades. Si
le FLNKS a gagné en maturité et en respectabilité, les tempêtes internes
n’ont pas épargné la coalition. Les empoignades entre l’Union
calédonienne et le Palika sont connues et régulières. Pour certains, les
divergences sur la nature du projet de société à mettre en œuvre dans
le pays indépendant en sont la source. Pour d’autres, la question du
leadership et les chocs d’ego génèrent les coups de tonnerre. Les deux
opinions ne sont d’ailleurs pas incompatibles. Mais jusqu’où ?
Néanmoins, la force de l’unité a été démontrée aux élections
législatives de 2012 ou aux provinciales dans le Sud cette année. Les
groupes de pression, comme certains militants aiment encore à les
appeler, ont réussi à se caler derrière un discours unique. La sortie de
l’accord de Nouméa constitue pour le Front de libération à la fois un
enjeu capital et, pour lui-même, un test élevé.
Repères
Nouville en fête
A l’occasion de son trentième anniversaire, le FLNKS réunira ses
dirigeants demain, mercredi 24 septembre, à Nouville chez les Bétoé :
De 8 heures à 9 heures : accueil des délégations et coutume.
De 9 heures à 9 h 30 : lever des drapeaux.
De 9 h 30 à 10 h 30 : ouverture officielle de la commémoration des
trente ans du FLNKS. Vernissage de l’exposition par le bureau politique
du Front.
De 10 h 30 à midi et demi : discours des officiels.
De midi et demi à 14 heures : repas partagé.
De 13 heures à 21 heures : programmation artistique et culturelle : musique, danse et sculpture.
Quatre composantes pour un sigle
Le FLNKS n’est pas un parti, mais la communion de quatre organisations
politiques : l’Union calédonienne et le Palika, les locomotives, ainsi
que l’Union progressiste en Mélanésie et le Rassemblement démocratique
océanien.
A la présidence
Les présidents du FLNKS ont été : Jean-Marie Tjibaou (1984-1989), Paul
Néaoutyine (24 mars 1990-9 décembre 1995), et Roch Wamytan (1995-2001).
Depuis le 22 décembre 2001, le FLNKS est dirigé par un bureau politique
collégial. Ce bureau politique est composé de huit membres, soit deux
représentants de chacune des composantes.
"Notre drapeau, notre compagnon" 
« Kanaky est en train de naître ! Que notre drapeau soit notre compagnon
maintenant… » Les mots de Jean-Marie Tjibaou, prononcés à La Conception
le 1er décembre 1984 lors du premier lever des couleurs
indépendantistes, n’ont jamais quitté la tribune du FLNKS. Choisi au
moment du gouvernement provisoire de Kanaky et de la naissance du FLNKS,
le drapeau se veut « de terrain, réunissant les forces de l’ensemble
des régions », d’après l’Union calédonienne. Selon la synthèse des
travaux des commissions œuvrant du 22 au 24 septembre 1984, « le drapeau
de la République de Kanaky a été décrit : de trois bandes horizontales
dont les couleurs sont, de bas en haut : le vert qui symbolise la terre
des ancêtres, la richesse du sol et l’espoir, le pays ; le rouge qui
symbolise le sang versé dans la lutte, le socialisme et l’unité du
peuple ; le bleu qui symbolise le ciel et le Pacifique environnant, la
souveraineté dans le Pacifique du pays kanak ; vers la hampe, un disque
d’or qui représente le soleil sur lequel s’inscrit en noir la case avec
la flèche faîtière et son toutoute. » « Présent sur tous les fronts
pendant les Événements, de 1984 à 1989, ce drapeau est désormais arboré
dans les manifestations ou sur les bâtiments officiels », a écrit
l’historienne Christiane Terrier. « Et sa légitimation comme drapeau
unitaire du pays a toujours été une constante de la revendication
indépendantiste ». En juillet 2010, sous les yeux du Premier ministre,
François Fillon, les étendards tricolore et kanak se sont élevés,
ensemble, dans le ciel du haut-commissariat.