PARTI TRAVAILLISTE

KANAKY

jeudi 8 novembre 2018

Kanaky, autodétermination ou codétermination ?





Le Non à l'indépendance de la "Nouvelle-Calédonie" l'a donc emporté avec 56,7% des voix (78.734 votes) contre 43,3% (60.199 votes) pour le Oui. Notre camarade Gael Roblin réagit à titre personnel au résultat.

Ainsi donc il y aurait eu un référendum d'autodétermination en Kanaky il y a quelques jours. C'est ce que l'on peut entendre dire ou lire ici et là, surtout en métropole j'imagine. Pendant deux mois pas un mot sur le scrutin dans les grands médias français et depuis quelques jours de nombreux éditorialistes ont fait campagne pour le "Non" à l'indépendance qui avait toutes les chances de l'emporter.

En Bretagne nous avons eu droit au matraquage de nos quotidiens qui  ont apporté leur soutien à la France impériale.  Ouest-France a ainsi donné la parole en une au point de vue du député LR de la Manche Philippe Gosselin, membre de la mission sur la Nouvelle-Calédonie célébrant le "génie institutionnel" ( sic ) de la France et faisant comprendre que cette dernière comptait bien garder son contrôle sur cette partie de ses colonies quoi qu'il advienne . Il y appelait à des relations néo-coloniales si l'indépendance était votée le 04 novembre malgré une majorité écrasante de colons. Rappelons que Ouest-France est le premier quotidien régional en terme de lectorat .

La très partiale Christine Clerc plumitive dans la presse réactionnaire ( Figaro etc...) a eu droit à une tribune ultra colonialiste puant l'Algérie Française dans le Télégramme dans lequel elle se réjouissait de la progression de la politique d'assimilation en Kanaky et vantant le bonheur d'être français pour progresser socialement et prédisant des violences urbaines imputables à de jeunes Kanaks en cas de victoire du "Non".


La suffisance impérialiste, la franchise du très sale soutien de Christine Clerc et Philippe Gosselin qui défendent les intérêts de leur classe de parasites, à l'apartheid et au colonialisme français n'a rien d'étonnant. Mais la dépolitisation ambiante a aussi amené des forces "autonomistes" ou "régionalistes" à voir dans le scrutin du 04 novembre un référendum d'autodétermination , en témoigne cet étrange communiqué de la Fédération Régions et Peuples Solidaires qui fédère les forces bretonnes, basques, corses, occitanes et alsaciennes se réclamant de l'autonomisme et du régionalisme...Ce communiqué signé Roccu GAROBY affirme " il appartient désormais aux  Néocalédoniens   eux-mêmes et à personne d'autre, de choisir entre deux projets de société" et est intitulé "Référendum en Nouvelle-Calédonie, un vote d'autodétermination enfin !". Par trois fois c'est le terme "Néo-Caledonien" qui est utilisé, et il n'est pas neutre, et son utilisation prouve bien qu'il ne s'agissait pas d'un référendum d'autodétermination le 04 novembre mais plutôt d'un référendum de "co-détermination".

Car la question posée était :  « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? ». "Nouvelle-Calédonie" et pas "Kanaky" et c'est là que le bât blesse.

Raphael Constant militant anticolonialiste Martiniquais et avocat a signé une brillante tribune sur le portail  " Montray Kreol" intitulé : "la supercherie de la consultation du 04 novembre" où il affirme " L’accord en lui-même reconnait le droit aux colons de s’exprimer sur l’avenir de la colonie, ce qui est exactement le contraire du droit à l’autodétermination. En fait, les Caldoches, installés par la violence, voient leur présence et domination entérinées par ceux qu’ils ont exploités et pillés pendant plus d’un siècle."

La souveraineté de la Nouvelle-Calédonie n'est pas le droit à l'indépendance de Kanaky !

Bien sur beaucoup de forces historiques de l'indépendantisme Kanak membre du FLNKS ont appellé à voté "OUI" au scrutin et visiblement ils ont été entendu par de très nombreux jeunes, la victoire du NON étant moins écrasante que prévue, de ce point de vue le score du "OUI" témoigne d'une persistance remarquable de la conscience nationale Kanak malgré  la violence de la terreur coloniale qui règne sur Kanaky depuis 1860. Mais les indépendantistes de l'USTKE ( Union Syndicale des Travailleurs Kanaks et Exploités ) et du Parti Travailliste de Kanaky qui avait appelé à la non participation n'ont pas moins fait preuve d'une telle conscience particulièrement aiguisée.


Mina Kherfi représentante du PT en métropole de passage à Nantes ( en Bretagne )  à l'université de la Gauche Indépendantiste Bretonne fin septembre affirmait que c'est  par ce que c'est la puissance coloniale française qui délimite le corps électoral, et qui détermine la question posée en imposant le concept de Calédonie à celui de Kanaky que le PT et l'USTKE appelait à la non participation.

La question de la non inscription d'office de milliers de Kanaks sur les listes électorales donc privés de droit au scrutin a aussi été un argument pour la non participation.

Rock Haocas, membre du Parti travailliste et secrétaire confédéral en charge de la communication et des relations extérieures de l’USTKE ne disait pas autre chose sur le site du NPA quelques semaines après en insistant sur les conditions de vie désastreuses des Kanaks du point de vue social et le caractère "insincère" des listes d'inscrits.

Et visiblement là où ces forces sont implantées comme à Ouvéa le taux de participation s'en est ressenti.

Si le peuple Kanak est devenu minoritaire sur son territoire c'est du au colonialisme. Dans les zones, les communes où il est majoritaire les "OUI" à l'indépendance est majoritaire.

C'est tellement évident que Phillipe Gomes leader d'un parti anti-indépendance Calédonie Ensemble déclare que l'hypothèse d'un vote favorable à l'indépendance est « strictement impossible. Tous les scrutins ces 20 dernières années donnent les listes non-indépendantistes majoritaires avec près de 60 % des voix et les listes indépendantistes avec 40 % des voix. Sur les 169 000 électeurs, on a 92 000 électeurs non-kanak et 77 000 électeurs kanak. Le rapport de force est défavorable à ceux qui portent la revendication de l'indépendance"

L'indépendantiste Martiniquais Raphael Constant résume les faits ainsi "Le seul exercice du droit des peuples consisterait à ne consulter que le peuple dominé qui a été spolié, le peuple kanak." pas les colons composante du "peuple calédonien".

Certains leaders indépendantistes Catalans dénonçant avec raison la violence espagnole contre la tenue de leur référendum auto-organisé de 2017 ont même parait-il loué les conditions dans lesquelles se déroulaient la consultation en Kanaky. Mais sans doute ne savent ils pas que ce vote s'est déroulé suite aux accords de Nouméa de 1988 mis en place comme le rappelle toujours Raphael Constant :  "suite au massacre de Hienghène en 1984 où 10 Kanaks (dont deux frères du Président Tjibaou) sont tués par des Caldoches. Les assassins seront acquittés par la justice française. Souvenons-nous de l’assassinat d’Eloi Machoro, le chef militaire de la branche militaire du FNLKS, par le GIGN en janvier 1985. Assassinat resté impuni. Souvenons-nous du massacre de la grotte d’Ouvéa où les militaires français ont achevé 19 Kanaks en toute impunité. "

Ce vote est le résultant d'un compromis de co-détermination entre une partie des nationalistes Kanaks défaits militairement et acceptant à partir de 1988 par les accords de Nouméa de participer à la gestion d'une des trois provinces et le congrès qui compose ce que le pouvoir français présente comme la Nouvelle-Calédonie. Même wikipédia nous l'explique avec beaucoup de clarté , parler de Peuple Caledonien c'est parler  de" La citoyenneté néocalédonienne ou citoyenneté de la Nouvelle-Calédonie  qui est une qualité juridique particulière au sein de la Nationalité Française". On est bien loin du concept de droit à l'autodétermination.

Il n'est pas inexact de parler de codétermination car les accords de Matignon en 1988 qui ont aboutit au référendum de 2018 ont été validés par "le peuple français" par le référendum de novembre 1988 ( oui un vote en métropole sur la Kanaky ! ) . A la question : « Approuvez-vous le projet de loi soumis au peuple français par le Président de la République et portant dispositions statutaires et préparatoires à l'autodétermination de la Nouvelle-Calédonie en 1998 ? » 80 % des suffrages exprimés furent positifs, la participation faible (37 %). Les blancs et nuls ne représentèrent que 12 % des votes.

Il y a donc bien deux agrégats ( deux électorats ) distincts, aux intérêts antagoniques, l'un dominant, l'autre issu de la colonisation qui ont été consultés.

L'Irlande un autre cas de co-détermination.

En 2016 avec un autre camarade j'ai contribué a publier en français un brillant essai politique de Liam O Ruairc intitulé "Paix ou Pacification ? L'irlande du Nord aprés la défaite de l'IRA" et la relecture de cet ouvrage aux lendemains de la "consultation"en Kanaky peut nous éclairer, nous servir à déterminer ce qui relève de l'exercice du droit à l'autodétermination et ce qui n'en relève pas. Il y rappelle tout d'abord que le droit à l'autodétermination est un acte de libération à caractère révolutionnaire , de part ses origines dans le mouvement ouvrier , qu'a ce titre ce concept est lié aux luttes des peuples colonisés pour leur émancipation nationale. Si le droit à l'autodétermination d'un point de vue juridique a été soulevé par la communauté internationale pour le Timor Oriental ou la Palestine il ne l'a jamais été pour l'Irlande. Car le poids international de la puissance internationale de la monarchie Britannique lui a permis de présenter le conflit nord Irlandais comme un problème essentiellement domestique en l'empêchant de devenir un problème juridique à l'échelle internationale.  C'est très précisément le tour de force que vient de réussir le pouvoir français avec ce concept de citoyenneté calédonienne. Le légitimer , le renforcer en parlant d'autodétermination  néo-calédonienne pour ce vote n'est pas très dé-colonial.


Liam O Ruairc  citant Amy Maguire dans la Griffith Law Review en 2013 , ajoute " Le droit international reste insuffisamment décolonisé : ce que des études récentes ont souligné au sujet de l'Irlande du Nord ou des aborigènes d'Australie par exemple. une lecture "contre hégémonique" de ce que le droit international entend par colonialisme et autodétermination est nécessaire dans ces deux cas, qui montrent qu'au 21e siècle la décolonisation reste un projet inachevé".

Mina Kherfi représentante du PT et adhérente USTKE a expliqué la position de non participation de ces deux formations pour ce référendum en détaillant des faits sociaux :

  • taux de chômage chez les Kanaks : 26 % contre 7 % chez les non-Kanaks ;
  • 57 % des non-diplômés sont kanak : on compte seulement 6 % de diplômés de l’enseignement supérieur chez les Kanaks
  • 85 % des chefs d’entreprise et 75 % des cadres supérieurs sont des métropolitains ; par contre 75 % des ouvriers sont kanak.

Une violence sociale forte envoyant des jeunes kanaks en nombre derrière les barreaux (90 % de la population carcérale est d’origine kanak, des faits principalement dus à l’alcool), un taux de suicide inquiétant, l’échec scolaire, le chômage, les jeunes sont écartelés entre les valeurs coutumières et le monde occidental et peinent à trouver leur place dans une société dominée par les Européens et l’argent.

Voila une démonstration simple et chiffrée prouvant bien que la Kanaky est encore et aussi une colonie au 21e siècle.

Mais revenons en à l'Irlande. En 1998 suite aux accords du Vendredi Saint les Irlandais furent invités en deux foisà voter sur deux questions différentes pour valider ces accords mettant fin à une phase du conflit provoqué par l'occupation de l'Ile ( qui perdure).  Au nord les électeurs ont voté "Oui" à la question "Approuvez vous l'accord issu des négociations entre les différents partis sur L'Irlande du Nord" et au sud "Approuvez vous la loi de 1998 sur la 19eme modification de la constitution". Même Gerry Adams , chef du Sinn Fein et artisan de cet accord s'accorde à dire que ce n'est pas un référendum d'autodétermination. Comment qualifié de tel un processus de vote mené sur la base de la définition des corps électoraux par des oppresseurs et non par les seuls opprimés !

Jonathan Tonge ex président de l'association des politologues britanniques se livre à propos des votes au nord et au sud de l'Irlande à ce constat : " étant donné que la préférence de l'agrégat ( de l'électorat Irlandais dans son ensemble) se porte vers l'unité irlandaise il est pour le moins douteux de considérer comme un acte d'autodétermination un référendum qui exclut précisément cette option".

Pour paraphraser Jonathan Tonge  j'affirme que ce qui fonde l'action nationaliste Kanak c'est le refus du colonialisme français , de l'assimilation et c'est l'affirmation de cette conscience nationale Kanak qui s'est manifesté sous bien des formes, c'est l'affirmation résistante du droit du seul peuple Kanak à la libre disposition de son territoire. Etant donné que la préférence du seul peuple Kanak ayant voté ou n'ayant pas participé au vote du 04 novembre est majoritairement favorable à l'exercice décolonial et contre hégémonique du droit à l'autodétermination et à la libre disposition de son territoire il est pour le moins douteux de considérer comme un acte d'autodétermination un référendum qui exclut précisément cette option. Le seul sujet politique légitime pour un référendum d'autodétermination c'est le peuple opprimé !

En guise de conclusion provisoire.

Il est difficile d'être un bon allié non paternaliste des Kanaks ou des autres peuples sous domination française hors métropole et de ne pas reproduire de comportement coloniaux de gauche lorsque l'on milite soi même au sein de la métropole impérialiste.

On peut essayer d'être un allié internationaliste en refusant de porter les valises sémantiques de l'impérialisme français, qu'en tant que révolutionnaire de l'hexagone on doit combattre et dénoncer. Cela veut dire qu'il faut expliquer que ce référendum ne correspondait pas à l'exercice du droit à l'autodétermination. C'est aux Kanaks de dire qui doit voter, où et quand on doit voter, et quelle est la question posée.

Nous avons à apprendre des Kanaks et non l'inverse.

Les Bretons, les Basques, les Catalans du Nord, les Corses, les Occitans et tous les autres qui veulent légitimement plus de souveraineté pour leur territoires en métropole ( qui ne sont pas des colonies mais des nations sans état ) devraient cesser de réfléchir dans le cadre étroit du droit français , de la loi NoTre, du droit d'option et de la réforme territoriale  et des autres fariboles régionalistes inventées par ceux qui ont spoliés le peuple Kanak de son droit à décider.

Le droit à l'autodétermination ne se quémande pas il s'exerce.

Vive Kanaky indépendante et socialiste !


Gael Roblin militant communiste révolutionnaire de la Gauche Indépendantiste Bretonne.

Kanaky. Vive la Nouvelle-Calédonie libre !

Ainsi donc, c’est raté. La Nouvelle-Calédonie (Kanaky) ne sera pas indépendante. Pour le moment en tout cas. Encore la population locale peut-elle se féliciter d’être consultée par référendum, ce que beaucoup d’habitants de la métropole aimeraient pour de nombreuses questions, notamment sociétales, qui concernent leur quotidien.
Il faut toutefois souligner que 43,6 % des votants l’ont fait en faveur de l’indépendance, contre 56,4 % contre l’indépendance. Géographiquement, c’est toutefois très clair : toutes les petites îles veulent leur indépendance. Et sur l’île de Grande Terre, il n’y a que le sud-Ouest de l’île, celle où se trouvent le plus de Blancs, et la zone la plus riche qui veut le maintien dans la métropole.
Pour rappel, la population de la Nouvelle-Calédonie était estimée à 265 639 habitants en 2012, dont 40 % de Mélanésiens, 29 % d’Européens, 8-9 % de Wallisiens et de Futuniens, plus de 3 % d’Asiatiques (Indonésiens, Vietnamiens, Chinois et Japonais). Le reste de la population est composé de diverses ethnies, dont des Tahitiens et des Vanuatais. Regroupées, les autres communautés identifiées représentent 7,3 % de la population totale : Tahitiens (2,0 %), Indonésiens (1,6 %), Vietnamiens (1,0 %), Vanuatais ou Ni-Vanuatu (0,9 %), autres Asiatiques (0,8 %) et autres ethnies (1,0 %).
En métropole, c’est l’euphorie chez les principaux partis politiques, indécrottables jacobins, Rassemblement national en tête : « Par cette refondation souveraine issue des urnes, les Calédoniens ont clairement exprimé un choix en faveur d’un avenir français ! » explique Marine Le Pen.
« On pense encore à toi oh bwana » chantait Michel Sardou dans « le temps béni des colonies ». On sent chez la classe politique en France que ce refrain est encore dans toutes les têtes, à l’heure où pourtant, à des milliers de kilomètres des préoccupations de la métropole, certains cherchent encore absolument à maintenir dans le giron de la France ce qui n’a pourtant culturellement, ethniquement, identitaire rien de France.
Visiblement, le retour de bâton de la colonisation, que nous subissons de plein fouet aujourd’hui à travers la mise en marche de millions d’individus vers l’Europe, n’a pas servi de leçon. Non, la représentante de la seule force « populiste » en France s’obstine à faire d’une priorité ses « compatriotes d’outre-mer » comme son père avant elle. Chassez le naturel, il revient au galop. La défense de la Nouvelle-Calédonie, comme la défense de Mayotte, département français, une des portes d’entrée principale de l’immigration africaine que nous connaissons aujourd’hui en France.
« Mais ce sont nos compatriotes », disent-ils en cœur, pensant encore sans doute à ces « épopées coloniales » à cet Empire français, tellement puissant encore aujourd’hui que la sécurité des citoyens est de moins en moins assurée dans une large partie des métropoles de l’hexagone. Fin de la discussion.
Mais qu’on largue ces anciennes colonies, bon sang ! Qu’on laisse ces peuples disposer d’eux-mêmes, par eux-mêmes, et pour eux mêmes.
Et puis à quoi nous servira encore d’envoyer des fusées dans l’espace depuis la Guyane si nos enfants ne sont plus certains de rentrer vivants après une soirée passée dans les rues de Nantes ou de Paris ?
Qu’on en finisse avec ce qui est en train de nous tuer, de nous dissoudre aujourd’hui. Cette « vocation mondiale » de la France, et de la francophonie, cet universalisme qui devient de plus en plus insupportable et invivable quand on nous impose en plus aujourd’hui de l’appliquer devant notre porte.
Heureusement, ce référendum ne sonne pas le glas de l’indépendance du peuple kanak. Comme le prévoient les accords de Nouméa de 1998, un deuxième référendum doit être organisé si le tiers des membres du Congrès de la Nouvelle-Calédonie, qui doit être renouvelé en mai 2019, le souhaite. Eu égard de l’énorme percée indépendantiste, et du renouvellement à venir du congrès, il est presque certain qu’il aura lieu dans les prochaines années.
Avec une issue qui, il faut l’espérer, conduira la Nouvelle-Calédonie à se séparer de la France, comme devraient d’ailleurs le faire tous les départements d’outre-mer et les territoires d’outre-mer, territoires héritiers d’un passé qui aujourd’hui nous explose en plein visage, dans nos rues, dans nos quartiers, et cela dans toute l’Europe de l’Ouest.
Vive la Kanaky libre !
Julien Dir

mercredi 7 novembre 2018

Surprise devant la faible mobilisation des îles

 La faible participation des Loyaltiens (58 %) a jeté une lumière crue sur le désintérêt d’une partie des électeurs, et sur ceux qu’aucun des deux camps n’a réussi à convaincre.

  ... qui ont appelé à ne pas voter. » Les consignes du Parti travailliste, et de l’USTKE, relayées par le collectif de Gossanah, ...

Le Parti travailliste a vu juste

« Le peuple kanak, à plus de 90 %, est pour l\'indépendance » soutient Louis Kotra Uregei. Photo Y.M
« Le peuple kanak, à plus de 90 %, est pour l\'indépendance » soutient Louis Kotra Uregei. Photo Y.M 
 
Un non à l’indépendance à 56,7 %, et un oui à 43,3 %. Au lendemain du référendum, le Parti travailliste n’affiche aucune surprise. « Les résultats de dimanche ont confirmé ce que nous avions analysé dès le mois de juillet lors de notre congrès extraordinaire », rencontre à l’issue de laquelle une non-participation à la consultation avait été décidée. Parce que « le résultat était déjà prévu, le non allait sortir vainqueur, le référendum n'allait rien changer à la situation », lance le président Louis Kotra Uregei, pour qui ce rendez-vous dominical était illégitime. En cause, « une liste référendaire où il y a plus de non-Kanak que de Kanak, plus de non-colonisés que de colonisés ». 

Question : le mot d’ordre du mouvement a-t-il été respecté en ce 4 novembre ? La réponse semble vite vue avec un taux de participation record à 81,01 % à l’échelle du territoire. De toute façon, l’impact dans les urnes, « ce n'était pas le but » avance LKU qui pense davantage à la portée du message. Néanmoins, dans la province des Îles où la participation fut étonnamment basse - 61 % -, « la consigne de non-participation a été bien suivie », prétend le président invitant à regarder vers l’île de Tiga. D’autres paramètres ont pu aussi intervenir. Macki Wéa déplore en outre des menaces dans un bureau de vote sur son île d’Ouvéa à l’encontre d’une journaliste qui « donne la parole aux gens qui prônent la non-participation ». La responsabilité du Parti travailliste dans la victoire du non ne tient pas, évidemment, selon LKU. Car la formation, « au plus fort de sa représentativité politique, a tourné autour de 7 000-8 000 voix ». Or, l’écart entre le non et le oui est de près de 18 000 bulletins. Sans parler des 34 000 abstentions. Toutefois, cette position a ouvert une faille dans le camp indépendantiste. 
Le FLNKS a su en revanche mobiliser. D’ailleurs, dans l’élan de la campagne menée par le Front, « il y a un certain nombre de personnes du Parti travailliste qui ont participé au vote dans les trois provinces ». L’organisation de Louis Kotra Uregei pourrait conserver la même posture politique à la veille du deuxième référendum, si les conditions demeurent

Pour le Parti travailliste, le référendum est un échec

Pour le Parti travailliste, le résultat de dimanche confirme sa décision de ne pas participer à un scrutin qu'il estimait joué d'avance. Mais doit interroger l'ensemble des indépendantistes sur la suite à donner à leurs revendications.
 

Louis Kotra Uregei, président du Parti travailliste. © NC la 1ere / Michel Bouilliez
© NC la 1ere / Michel Bouilliez Louis Kotra Uregei, président du Parti travailliste.
 

Le score inattendu du «Oui» et la mobilisation des électeurs indépendantistes ne doivent pas masquer la réalité de la défaite: c'est l'analyse que le Parti travailliste a livré ce mardi après la victoire du «Non» à 56,7 %. Une consultation à laquelle le mouvement appelait à ne pas participer, tout en précisant qu'il ne s'agissait pas d'un boycott.
 

«Pas les conditions d'un référendum d'autodétermination» 

«Nous avions dit, lorsque nous avions arrêté notre position, que les conditions ne sont pas celles d'un référendum d'autodétermination, a déclaré son président, Louis Kotra Uregei. Ce "Non" que nous avions prévu a été confirmé dimanche, malgré la campagne intense développée par le FLNKS. Ça a peut-être amené plus de participants au vote, mais ça n'a pas changé la position des non-Kanak et des non-colonisés qui veulent maintenir ce pays sous la tutelle coloniale de la France.» 
 

Attaque

Et de tacler: «Nous, on n'essaie pas de retourner les choses pour faire croire aux militants qu'elles sont positives et leur faire oublier que pendant vingt ans, on a bradé les intérêts du peuple kanak.» L'attaque s'adresse au FLNKS, accusé de renonciations ayant abouti à un scrutin joué d'avance. «Ce résultat interpelle tout le monde, tous les responsables indépendantistes», y compris le Parti travailliste, ajoute Louis Kotra Uregei en posant la question d'une réorganisation des forces en présence.
 

Pour une nouvelle force politique

«On a du temps devant nous, on attend: le cadenassage du FLNKS qui s'est passé pendant toutes ces années, avant ce référendum, est-ce qu'il va perdurer après?, interroge-t-il. Ou est-ce que les gens vont avoir la volonté de s'asseoir à la même table avec les autres? De discuter et qu'on crée les conditions, les bases, d'une nouvelle force politique indépendantiste ensemble, pour finalement gagner ensemble l'indépendance de ce pays…» 

Le reportage de Bernard Lassauce et Michel Bouilliez. 
CONF PRESSE PARTI TRAVAILLISTE
 

lundi 5 novembre 2018

Nouvelle-calédonie-kanaky. Malgré la déception, le camp de l’indépendance se renforce

Hier, à Nouméa, la mobilisation reste d’actualité. Les voitures, sur lesquelles flottaient les drapeaux de Kanaky, ont traversé les rues de la ville. Théo Rouby/AFP
Hier, à Nouméa, la mobilisation reste d’actualité. Les voitures, sur lesquelles flottaient les drapeaux de Kanaky, ont traversé les rues de la ville. Théo Rouby/AFP

Avec une forte participation (80,63 %), la défaite du oui (43,6 %, contre 56,8 % pour le non) tient à environ 20 000 voix. A contrario, l’île d’Ouvéa penchait nettement pour se séparer de la France, mais l’abstention était en hausse.
La population d’Ouvéa n’a pas communié longtemps hier, après la révélation du résultat du référendum, noté au feutre sur le tableau blanc de la mairie : les ­Calédoniens inscrits pour ce scrutin ont choisi à 56,4 % de rester rattachés à la France. Un score d’autant plus incontestable qu’il repose sur une forte participation, 80,63 % des inscrits s’étant exprimés. Quelques applaudissements épars ont salué la fin d’une journée historique, puis les pick-up, sur lesquels flottaient les grands drapeaux de Kanaky, se sont égaillés sans bruit dans la nuit noire de l’atoll.
C’est que sur l’île, splendide atoll de 40 kilomètres de long situé à l’est de la Grande Terre, les résultats ne collent pas tout à fait au tableau général : l’abstention est montée à 40,6 % parmi les 4 374 inscrits sur la liste spéciale du référendum, alors qu’à l’échelle de l’archipel, les non-votants comptent pour seulement 19 % du corps électoral spécial. Lors de cette journée de vote, ici, c’était la grande inconnue. « Les gens sont plutôt confiants, mobilisés pour le oui, même si certains appellent à boycotter. C’est la première fois qu’on demande comme ça aux Kanak de se prononcer pour un pays indépendant, donc on ne veut pas louper le coche », expliquait à la mi-journée Didier Tangopi, électeur au bureau de Weniky, au nord de l’île. Sur l’ensemble d’Ouvéa, les suffrages exprimés lui ont donné raison, avec 84,18 % en faveur de l’indépendance, et seulement 15,82 % pour le non.
À Ouvéa, comme Didier, cousin de Benoît Tangopi (l’homme qui a joué le rôle du gardien de la grotte de Gossanah), tout le monde est de près ou de loin lié à la tragédie du printemps 1988, qui avait fait 19 morts parmi les indépendantistes, et 4 victimes parmi les forces françaises. Cette mémoire est donc toujours vivace, comme le souvenir de l’assassinat, un an plus tard, des leaders indépendantistes Jean-Marie Tjibaou et Yeiwené Yeiwené, par un pasteur de Gossanah. Depuis, le nord de l’île est marqué par de forts conflits, avec en toile de fond une question politique : accepter ou non de jouer le jeu du référendum prévu par les accords de Matignon et de Nouméa.

« Une stratégie néo-coloniale »

« Je ne vote pas. Référendum bidon. » Le tag était inscrit à même le bitume, tout au long de la moitié nord de l’île. C’est l’œuvre du Collectif de Gossanah, qui voit dans le référendum une stratégie « néocoloniale », dans la droite ligne du Parti travailliste local. Selon lui, « tout a été fait pour qu’on ne puisse pas l’emporter : la constitution du corps électoral, les flux migratoires
Le FLNKS (Front de libération nationale kanak socialiste – NDLR) cède sans cesse du terrain ». Ce mot d’ordre a-t-il été entendu ou l’abstention est-elle le fruit de convictions personnelles parmi les habitants ? Toujours est-il que cet appel au boycott a beaucoup irrité le président du bureau de vote de Héo, une autre tribu du Nord. « Vous, la presse, donnez trop la parole à Macky Wéa. Dégagez avant que je casse votre matériel », a-t-il menacé au milieu de la journée de vote, sous le regard contrit des gens de la tribu. Preuve d’une grande tension autour de ce référendum.

« On a voté pour le pays »

Cette forte abstention figurait parmi les craintes du FLNKS, mais n’entame toutefois pas sa satisfaction, puisque le score de 43,6 % dépasse ses espérances. Même si l’écart est franc, le scrutin dément en effet les prévisions des sondages, qui donnaient aux tenants du non entre 63 % et 72 % des voix. « On réalise un score supérieur à celui qu’on pensait, le peuple kanak a bien été au rendez-vous, on progresse partout, dans toutes les communes », s’est félicité Louis Mapou, chef du groupe Uni-FLNKS au Congrès. Les militants d’Ouvéa partagent cet enthousiasme : « Il s’agit d’un premier référendum, rappelle Kallé Humbwy, habitant du centre de l’île. Les prochains rendez-vous sont déjà inscrits dans l’accord de Nouméa. Même la France reconnaît que la Nouvelle-Calédonie doit être indépendante. » En effet, le point 5 de l’accord de Nouméa stipule que « l’État reconnaît la vocation de la Nouvelle-Calédonie à ­bénéficier, à la fin de cette période, d’une complète émancipation ».
Interrogé hier sur Nouvelle-Calédonie la 1re, le directeur de campagne du FLNKS, Gérard Reignier, voyait dans les résultats du oui « un acquis », à partir duquel « il faut continuer à travailler, à bâtir cette communauté de destin que nous appelons pour notre nation ». Les indépendantistes, qui enregistrent leur progression avec satisfaction, rappellent d’ailleurs que l’accord de Nouméa de 1998 prévoit que deux autres référendums pourront être organisés au cours des quatre prochaines années si un tiers du Congrès calédonien vote en ce sens. Sur le papier, cette victoire du non n’est donc pas de nature à compromettre le ­processus de décolonisation. À moins que la droite calédonienne ne parvienne à faire annuler cette possibilité de deux autres consultations, comme l’ont souhaité trois partis locaux, dont le Rassemblement, présidé par le sénateur LR Pierre Frogier, qui assume pour sa part vouloir « purger » l’indépendantisme.
« La détermination sera toujours là demain, la revendication continuera tant qu’il y aura des Kanak sur cette terre », martèle Kallé Humbwy. Le vote des jeunes générations représente d’ailleurs une bonne surprise du scrutin. Illustration de cette « courbe ­ascendante » de l’idée d’indépendance, plusieurs assesseurs ont remarqué la mobilisation extraordinaire de la jeunesse d’Ouvéa, habituellement plutôt abstentionniste. « Là, on n’a pas voté pour une personne, on a voté pour le pays. C’est très important », explique un trentenaire à la sortie de l’isoloir. « On sait qu’on est minoritaires, nous les Kanak, mais ça fait longtemps qu’on attend, alors on y est allés. »
Kim Lévy
 

vendredi 2 novembre 2018

Nouvelle-Calédonie-Kanaky : le 4 novembre, un référendum « décolonial » ?

Le 4 novembre prochain se tiendra le référendum sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie-Kanaky. Les électeurs et électrices sont appeléEs à répondre à la question suivante : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? » Si l’enjeu du référendum semble limité tant l’ensemble des sondages et enquêtes d’opinion indiquent que le « non » devrait être largement gagnant, il est néanmoins l’occasion de revenir sur la situation de ce symbole du colonialisme français, et sur une lutte pour l’indépendance qui ne cessera pas après le scrutin du 4 novembre. 
Le référendum du 4 novembre s’inscrit dans le cadre du processus de « décolonisation » engagé lors de la signature des accords de Nouméa en 1998, sous le gouvernement Jospin. Des guillemets qui s’imposent tant l’évolution de la situation sur le terrain au cours des 20 dernières années témoigne d’une continuité de l’extension de la mainmise coloniale de la France sur un territoire qu’elle a conquis par la force en 1853. Comme le résumait Saïd Bouamama dans un excellent article publié en avril dernier, « l’histoire longue et récente de l’archipel souligne son importance économique et stratégique pour le colonialisme français. Celui-ci mettra tout en œuvre pour maintenir sa mainmise sur cette colonie de peuplement dans laquelle a été tentée une tentative de génocide par substitution »1.
Colonialisme de peuplement 
La colonisation de la Nouvelle-Calédonie-Kanaky répond en effet aux critères de ce que les chercheurs ont défini comme un « colonialisme de peuplement », qui se distingue du colonialisme classique par le fait que l’objectif de la puissance coloniale n’est pas la « simple » exploitation économique de la population autochtone, mais bien son remplacement par une majorité de colons venus de la métropole. Patrick Wolfe, chercheur en histoire à l’université de La Trobe (Australie), explique ainsi que « le colonialisme de peuplement a deux caractéristiques principales. Premièrement, il est gouverné par une logique d’élimination. Les colons viennent pour rester. Leur mission première n’est pas d’exploiter les autochtones mais de les remplacer. Deuxièmement, l’invasion n’est pas événementielle, mais structurelle. Au-delà de la violence fondatrice de l’expropriation territoriale, les autochtones qui ont survécu sont soumis à une variété de stratégies au moyen desquelles la société coloniale cherche à les éliminer. »2
Des phénomènes caractéristiques de la colonisation de l’Australie et des États-Unis mais aussi, à bien des égards, de la Palestine. Et si, au cours d’un 20e siècle marqué par les luttes anticoloniales, les politiques de colonialisme de peuplement ont cessé de se traduire par des pratiques d’extermination des populations indigènes, elles n’en sont pas moins demeurées, à l’instar de ce qui s’est passé en Nouvelle-Calédonie-Kanaky, des entreprises de domination spécifiques, qui passent notamment par une « bataille démographique » visant à instaurer un processus irréversible de minorisation des populations indigènes. 
Supériorité démographique
En Kanaky-Nouvelle-Calédonie, il existe ainsi une continuité entre les politiques ultraviolentes de la fin du 19e siècle (qui a vu la population Kanak passer de 45 000 à 27 000 entre 1887 et 1901), et les vagues de colonisation venues de la métropole, à grands renforts d’avantages fiscaux et salariaux pour les colons. Dans un courrier daté du 19 juillet 1972, le Premier ministre Pierre Messmer écrivait ainsi à son secrétaire d’État aux DOM-TOM : « La présence française en Calédonie ne peut être menacée, sauf guerre mondiale, que par une revendication nationaliste des populations autochtones appuyées par quelques alliés éventuels dans d’autres communautés ethniques venant du Pacifique. À court et moyen terme, l’immigration massive de citoyens français métropolitains ou originaires des départements d’outre-mer (Réunion) devrait permettre d’éviter ce danger en maintenant et en améliorant le rapport numérique des communautés. À long terme, la revendication nationaliste autochtone ne sera évitée que si les communautés non originaires du Pacifique représentent une masse démographique majoritaire. Il va de soi qu’on n’obtiendra aucun effet démographique à long terme sans immigration systématique de femmes et d’enfants. »
Des propos explicites qui, plus de 45 ans plus tard, amènent à porter un regard particulièrement méfiant sur le référendum organisé le 4 novembre prochain qui, s’il peut être considéré comme le produit indirect et déformé des luttes du peuple kanak pour son indépendance, n’en demeure pas moins un « moment » institutionnel que la puissance coloniale ne redoute guère tant elle s’est assurée une supériorité démographique et, partant, électorale, qui a fait des Kanak une minorité dans leur propre pays, où ils représentent moins de 40 % de la population totale (sur un peu plus de 270 000 habitantEs). 
« Un modèle économique colonial »
Une minorité numérique, mais aussi une minorité économique et sociale, dans la mesure où, malgré les promesses formulées en 1989 et réitérées en 1998, le « développement » n’a, au total, pas bénéficié à la population kanak. Les chiffres sont à cet égard explicites, et montrent à quel point, dans un territoire pourtant riche en ressources naturelles, notamment minières, les inégalités sociales se confondent avec les inégalités ethno-raciales : selon les chiffres rapportés par Mina Kherfi, de l’Union syndicale des travailleurs kanak et des exploités (USTKE), le taux de chômage est de 26 % chez les Kanak, contre 7 % chez les non-Kanak, tandis que 85 % des chefs d’entreprise et 75 % des cadres supérieurs sont des métropolitains ; on pouvait en outre lire en décembre 2017 dans le Figaro, peu suspect de sympathies indépendantistes, que « 17 % des ménages calédoniens, soit 53 000 personnes, vivent sous le seuil de pauvreté calédonien (600 euros par mois), soit deux fois plus qu’en France métropolitaine », mais surtout « [qu’]au sein même de l’archipel, les écarts sont énormes. Ce taux de pauvreté atteint 52 % dans les îles Loyauté, 35 % dans la province Nord contre 9 % dans la province Sud. »3 Lorsque l’on sait que les populations kanak se concentrent dans les deux premières provinces, on mesure l’ampleur des disparités…    
Pour le Rassemblement des indépendantistes et nationalistes, le verdict est sans appel : « L’objectif de rééquilibrage, notamment vis-à-vis du peuple kanak, dans multiples domaines (emploi public et privé, formation …) n’est pas atteint. Sur le plan du développement économique, la Nouvelle-Calédonie s’est contentée de poursuivre et perpétuer un modèle économique colonial basé sur la dépendance vis-à-vis de la France qui a renforcé les inégalités sociales les plus criantes pour l’ensemble des citoyens calédoniens. »4
Articuler émancipation nationale et émancipation sociale
Des politiques qui traduisent le maintien d’une relation de domination coloniale, et qui ont également eu pour conséquence une perte de légitimité du mouvement indépendantiste, notamment auprès des nouvelles générations. Le processus de « décolonisation », s’il s’est traduit par de nombreux transferts de compétences – l’État conservant les compétences régaliennes : justice, ordre public, défense, monnaie et affaires étrangères –, n’a pas signifié une amélioration substantielle des conditions de vie des Kanak, renforçant le sentiment de bifurcation entre émancipation nationale et émancipation sociale. C’est ainsi que, malgré une importante campagne pour l’inscription sur la liste électorale référendaire menée par les forces indépendantistes, de nombreux Kanak, notamment chez les jeunes, se désintéressent du scrutin d’indépendance et sont davantage préoccupés par leur situation économique et sociale, a fortiori dans la mesure où leur statut de minorité démographique n’encourage guère à aller voter.
Pour certaines organisations indépendantistes, à l’instar de l’USTKE et de son émanation politique, le Parti travailliste (lire l'interview de Rock Haocas), la composition des listes électorales, conçues pour intégrer progressivement de plus en plus de métropolitains et pour marginaliser les Kanak, dans la continuité du processus de submersion démographique, expression du bilan catastrophique de ces 20 dernières années, invite à une « non-participation » au scrutin du 4 novembre, qui s’inscrit dans la continuité des pratiques de domination coloniale. L’objectif, pour ces organisations, est de se concentrer sur l’articulation entre les luttes sociales et la (re)construction d’une conscience nationale et anticoloniale. Le FLNKS, beaucoup plus intégré dans les institutions, a pour sa part fait le choix d’une campagne pour le « Oui », arguant que même en cas de défaite, une victoire trop écrasante du « Non » pèserait dans les futures négociations et prises de décision, alors qu’à l’inverse, un score élevé pour le « Oui » contribuerait à améliorer le rapport de forces pour les Kanak. Il ne nous appartient pas de décider à la place des Kanak, ni de leur avenir ni de leur attitude par rapport au référendum. Une chose est toutefois certaine : nous serons à leurs côtés pour les luttes à venir, qui ne manqueront pas de se poursuivre quel que soit le résultat du référendum, pour un réel exercice du droit à l’autodétermination et pour la justice sociale. 
Julien Salingue  
source

Nouvelle-Calédonie-Kanaky : « Il ne s’agit pas d’un référendum d’autodétermination »


Entretien avec Rock Haocas, membre du Parti travailliste et secrétaire confédéral en charge de la communication et des relations extérieures de l’USTKE. 
Quelle est votre position pour rapport au référendum ?
L’USTKE a pris position lors de son dernier congrès en septembre pour une « non-participation » massive au référendum, comme l’avait fait le Parti travailliste cet été. Pour nous, les conditions de sincérité de ce référendum ne sont pas réunies en raison de la façon dont la liste électorale a été constituée. Il ne s’agit pas d’un référendum d’autodétermination, qui devrait concerner d’abord le peuple colonisé, c’est-à-dire le peuple kanak. À cela s’ajoute le fait que le bilan des accords de Nouméa sur le « rééquilibrage » et la « décolonisation » est très négatif. Je précise que si l’USTKE, syndicat indépendantiste a pris position, c’est bien le Parti travailliste, notre bras politique, qui fait campagne à l’occasion du référendum, qui fait les démarches d’information de la population kanak. Mais nous n’avons pas été reconnus par l’État comme faisant partie de ceux qui ont les droits d’accès à l’image pendant la campagne, contrairement aux différents groupes présents au niveau du Congrès, qu’ils soient indépendantistes ou anti-indépendantistes. Nous faisons donc campagne sur le terrain, avec des meetings, mais aussi via les réseaux sociaux et les quelques conférences de presse qui sont relayées. Nous y expliquons que c’est un référendum bidon, insincère, car une partie importante des non-Kanak est pour nous dans le périmètre de la fraude électorale, ce qui minorise les Kanak, parmi lesquels des milliers ne sont pas inscrits. Les autres font aussi campagne, avec plus de moyens, la droite pour le « Non » et le FLNKS pour le « Oui ». 
Quelle différence entre la non-participation et l’abstention ?
L’abstention peut traduire un désintérêt, le fait de ne pas se sentir concerné. Pour nous, la « non-participation » est une vraie prise de position politique, une affirmation qui consiste à dire que ce référendum n’est pas légitime. C’est en ce sens que nous avons envoyé un courrier aux représentants de l’État localement, pour revendiquer le fait que nous avons nous aussi le droit à l’image, car notre position n’est pas abstentionniste mais une prise de position politique, au même titre que l’appel à voter « Oui » ou « Non ». C’est un message politique à part entière. 
Votre principal argument est la composition des listes ? 
Oui, car elles sont insincères. Mais aussi dans le sens où il s’agit d’un élément qui reflète ce qui s’est passé au cours des 20 dernières années, depuis les accords de Nouméa. La situation est devenue de plus en plus défavorable au peuple kanak : au niveau social, avec un échec sur la question du rééquilibrage, c’est-à-dire un soutien au peuple kanak dans le cadre d’une société largement déséquilibrée en raison de l’histoire coloniale, au niveau économique, à tous les niveaux. Nos revendications économiques et sociales sont les mêmes qu’à l’époque des accords de Nouméa, ce qui montre que les choses n’ont guère changé. Les listes sont à l’image de tout ça, elles expriment cet échec, et nous ne voulons donc pas participer.  
Les sondages donnent le « non » largement gagnant. Que peut-il se passer après le référendum ? Que comptez-vous faire ? 
Nous restons indépendantistes, bien sûr. Nous nous battons, et nous nous battrons, pour l’accession du pays à la pleine souveraineté, pour la construction d’un autre modèle économique et social, une société plus égalitaire. L’accord de Nouméa prévoit d’autres référendums, en 2020 et en 2022, et il faut donc envisager de nouvelles stratégies à la lumière de ce qui se passe et de ce qui se passera à l’occasion de premier référendum. Nous savons déjà qu’il faudra se battre pour réunir les conditions de sincérité à l’occasion d’un prochain référendum. Je voudrais ajouter que certains racontent que le 5 novembre, le lendemain du référendum, cela va être le chaos dans le pays. Cela pollue beaucoup les échanges et la campagne, que ce soit du côté du « Oui » ou du « Non ». Ceux qui agitent le chiffon de la révolte pour faire peur aux gens ne rendent pas service à grand monde, ils jouent sur les peurs en se référant aux événements du passé, notamment dans les années 1980. Pour nous ce n’est pas sérieux de raconter ça, car dans la réalité la campagne se passe bien sur le terrain, les réunions publiques se tiennent normalement, etc. Le 5 novembre, les gens continueront à vivre, et en ce qui nous concerne, la lutte continuera. 
Propos recueillis par Julien Salingue

« Le référendum pour l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie ne consiste pas en un processus de décolonisation »

Meeting du FLNKS (Front de libération nationale kanak et socialiste) pour le oui au référendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, le 30 octobre 2018.
Tribune. Sur l’archipel que certains appellent « Kanaky » et d’autres « Nouvelle-Calédonie », un référendum prévu pour le dimanche 4 novembre appelle ses habitants à se prononcer sur le devenir de ce territoire français d’outre-mer inscrit sur la liste des territoires non autonomes, c’est-à-dire non décolonisés, de l’ONU. Le référendum est présenté par les pouvoirs politiques et nombre de commentateurs comme un processus inédit de décolonisation. Cependant, une analyse plus poussée du processus politique révèle que la décolonisation telle qu’elle est menée aujourd’hui n’en est pas une.
La consultation référendaire entérine la minorisation politique du peuple kanak. Les critères pour pouvoir figurer sur la liste électorale spéciale pour la consultation (LESC) et pouvoir ainsi voter au référendum ont fait l’objet de longues discussions entre indépendantistes et loyalistes. La publication de la liste définitive et les analyses récentes montrent que, malgré les efforts du peuple kanak pour que le résultat de cette consultation reflète au mieux ses volontés, le droit à l’autodétermination prévu à l’article 3 de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (2007) n’est pas respecté.
Le flou qui demeure quant à la représentativité réelle des Kanak dans ce scrutin révèle le manque de considération donné à leur droit d’autodétermination. Les estimations sur la proportion de Kanak parmi les inscrits oscillent entre 43 % selon Pierre-Christophe Pantz, docteur en géopolitique, et 63 % selon le FLNKS (Front de libération nationale kanak et socialiste). Le haussariat [haut-commissariat de la République en Nouvelle-Calédonie] estime le nombre de votants de statut coutumier à 46 % (ce qui inclut aussi ceux qui étaient de statut coutumier et ont opté depuis pour le statut de droit commun) mais ne fournit aucun chiffre précis sur la proportion de votants kanak.
A quelques heures du référendum, il semble...

mercredi 31 octobre 2018

Référendum du 4 novembre en Kanaky : autodétermination ou néo-colonialisme ?

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A Manca, après les analyses livrées par l’USTKE et le Parti travailliste soutien leur position de non-participation.
Très récemment, le FLNKS s’employait à mener une campagne active pour dénoncer des sondages qui donnaient la victoire du NON pour un score oscillant entre 69 et 75%. De son côté, la gauche indépendantiste kanake (USTKE et Parti Travailliste) appelle depuis quelques semaines à la non participation, jugeant ce scrutin comme un simulacre de référendum pour le droit à l’autodétermination. Une analyse de la situation politique depuis les Accords de Matignon de 1988 semble nécessaire à quelques jours du scrutin.
Les accords de Matignon trahis ?
Ces accords prévoyaient initialement un référendum pour 2008 au plus tard. Mais c’est surtout le plan de rééquilibrage dans la période de transition vers la décolonisation du pays dont il était question. Les accords de rééquilibrage social devaient mettre le peuple Kanak au centre du dispositif par le biais des politiques publiques favorisant l’emploi, y compris dans la fonction publique, la formation et l’accès au logement. C’est exactement le contraire qui s’est produit. Les années 2000 ont vu une arrivée massive de métropolitains français en Kanaky (7 500 en 2006 !) qui ont accentué un virage de l’économie vers les secteurs de l’immobilier et du tourisme. La spéculation immobilière a éloigné la jeunesse kanake dans les périphéries urbaines et dans les bidonvilles avec un taux de pauvreté 2,5 fois supérieure à celui des jeunes en métropole. 99% de la population carcérale en Kanaky concerne des jeunes kanakes. Il a fallu attendre 2016 pour voire le premier avocat kanak plaider dans son pays, et 2018 pour voir un chef d’établissement scolaire kanak nommé. Autre effet pervers des aides publiques détournées de leurs objectifs initiaux, l’apparition d’un clientélisme au sein même de la communauté kanake. Usant de leur pouvoir de distribuer quelques subsides publics, ces potentats kanaks ont remis en cause le droit coutumier des tribus tout en favorisant l’installation de professionnels européens du tourisme. Ce colonialisme de l’intérieur a accentué les inégalités et le délitement du lien socio-culturel.
Un corps électoral taillé sur mesure pour la victoire du NON ?
On ne peut dissocier la question du corps électoral de l’évolution démographique en Kanaky. Quand les accords de Matignon furent signés, la Kanaky comptait 162 000 habitants, dont 53% de kanaks et 33% d’Européens. En 2015, la population s’élevait à 268 767 habitants, dont 39% de kanaks et 27,2% d’Européens. Il y a certes un problème de baisse du taux de natalité observé simultanément dans les provinces du Nord et des îles qui explique en partie ce déséquilibre démographique mais d’autres facteurs sont déterminants. Durant les années 2000, 75% du solde migratoire est représenté par des Français de métropole, dont l’immense majorité peut aujourd’hui arguer de 10 ans de résidence en Kanaky et donc voter.
Et c’est dans ce contexte que les accords de Nouméa de 2007 ont fixé la composition du corps électoral pouvant voter le 4 novembre prochain. Il y a un an, l’ONU fut alerté par les représentants kanaks sur l’absence de 23 000 kanaks sur les listes électorales. Seuls 10 000 de ces personnes furent rajoutées sur les listes définitives validées par Manuel Valls au mois de Juin dernier… tout un programme.
Nos camarades de l’USTKE et du Parti Travailliste ont donc raison quand ils dénoncent la fausse neutralité de l’État français dans la mise en œuvre des accords de Matignon, les manœuvres colonialistes et la nécessité de sortir du piège des institutions françaises pour accéder à un véritable droit à l’autodétermination.
A Manca

mardi 30 octobre 2018

Veille de référendum en Kanaky-Nouvelle Calédonie

Vu de loin, un vote sur l’indépendance d’une colonie française sonne comme un événement exceptionnel. Mais la décolonisation tant attendue à l’issue du référendum du 4 novembre 2018 en Kanaky-Nouvelle Calédonie est incertaine.
Dans cette société fortement ségrégée (Billets 272, 11/2017), le soutien au projet indépendantiste épouse assez nettement la répartition coloniale : aux élections locales de 2014, les indépendantistes recueillaient plus de 70 % dans les régions peuplées à plus de 70 % de Kanak tandis que dans les autres, comme à Nouméa, ce vote tombait à moins de 50 ou même 25 % (Le Monde, 02/12/2017). Même si toutes les nuances de positionnements individuels cohabitent [1], la proportion de Kanak sur le corps électoral référendaire est déterminant.

Les listes de la discorde

Encore aujourd’hui, des incertitudes planent sur la composition de cette liste. Difficile de savoir si tous les Kanak oubliés dont le FLNKS demandait l’inscription automatique y figurent désormais, ni quelle proportion le peuple colonisé représentera le jour du vote. Des indépendantistes ont communiqué le chiffre de 92 000 Kanaks en âge de voter. Dans l’hypothèse où ils seraient tous inscrits et en capacité de voter, ils seraient donc majoritaires sur les 174154 électeurs que la liste compte actuellement. Mais le haussariat [2] a démenti cette évaluation et estime à 46 % la part des personnes relevant ou ayant relevé du droit coutumier, donc a priori, Kanak (La Dépêche de Nouvelle Calédonie, 01/10), ajoutant que les inscriptions étaient encore possible jusqu’au 4 novembre. Les irrégularités dénoncées par les indépendantistes ont par contre été maintenues (Billets 272).
La « consultation » ne semblait pas passionner les foules, au début du mois d’octobre si on en croit un envoyé spécial de Mediapart (05/10), qui décrivait des meeting peu suivis « en dehors des cercles coutumiers ». Les différents mouvements indépendantistes sont partagés : le Parti travailliste appelle à ne pas participer (cf. article Refus de participer) tandis que le FLNKS, dont la lutte a permis ce référendum, fait logiquement campagne pour le « oui ». Face à un récent sondage pronostiquant le refus de l’indépendance à 66 %, plusieurs représentants de la coalition indépendantiste affirment qu’une victoire est pourtant possible.
Et si le résultat n’est pas favorable, Daniel Goa, porte-parole du FLNKS, a réitéré la détermination du mouvement à obtenir l’indépendance et appelé tous les calédoniens à se positionner clairement : « À ceux qui sont encore indécis, nous leur offrons une terre, un droit de vote, un pays qui deviendra le leur. Que vont-ils nous répondre ? En ce qui nous concerne nous irons massivement voter pour dire que nous voulons ce nouveau pays. Et s’il le faut, nous le réaffirmerons deux autres fois. C’est notre tradition d’accueil millénaire qui s’exprime. Mais au bout de 3 fois, nous ne chercherons plus à nous ouvrir, nous irons négocier notre souveraineté pleine et entière directement avec l’État colonisateur. Cette fois-ci les invités d’aujourd’hui, conformément à leur choix qu’ils devront assumer, ne participerons plus à ces négociations car ils se rangeront derrière leur pays de choix. Que cela soit clair et qu’on ne vienne pas nous le reprocher. [3] »

Stratégie de tension

Ce discours a été relayé de manière tronquée par les médias locaux et la droite coloniale, laquelle cherche à envenimer le débat. Se plaçant sur le registre de la peur (cf. article Rudiments de campagne anti-indépendance), les partisans de la Calédonie française sont à la source de tensions. Ainsi, le 7 octobre, sur la commune de Ouégoa, siège d’affrontements meurtriers dans les années 80, des manifestants opposés à l’indépendance ont tenté d’empêcher la tenue d’un meeting du FLNKS. Symbole édifiant : sur les façades du Congrès de Nouvelle Calédonie, les couleurs Kanak ont été enlevées, là où elles sont habituellement affichées conjointement avec le drapeau français (La Dépêche de Nouvelle Calédonie, 16/10).
Reportage diffusé sur la chaîne Calédonia https://www.dailymotion.com/video/x6v0fgc
L’État français a prévu des mesures pour endiguer un éventuel embrasement le jour du vote, interdisant la vente et la consommation d’alcool autour des bureaux de vote, ainsi que le transport d’armes. Il a aussi dépêché des renforts de 300 gendarmes.

Au-delà du vote

En toile de fond de la campagne, les luttes rappellent que la situation sociale est néfaste pour le peuple premier. Ainsi, à Kouaoua, des jeunes Kanak perturbent depuis des mois les activités d’un site important de la SLN (Société Le Nickel), filiale d’Eramet, « pour protester contre l’exploitation de nouveaux gisements  » et la pollution des terres engendrée par les mines. 11 incendies ont ciblé les installations depuis avril et l’accès a été bloqué. L’impact est réel puisque la société « perd un cinquième de son approvisionnement en minerai » (Nouvelle Calédonie la 1ère, 11/10). Par ailleurs, des mouvements ont bloqué plusieurs hôtels.
Si la question sociale ne se résume pas à celle de l’indépendance, le FLNKS considère que la pleine souveraineté est une condition nécessaire à toute amélioration. Pour Daniel Goa, « l’objectif politique de l’indépendance est avant tout de mettre fin au modèle de société et de ne pas replonger dans les vieux démons du colonialisme et de son économie de comptoirs. […] La fin du pillage c’est veiller à mieux répartir la richesse ». Il dénonce l’entente « non désintéressée » entre les multinationales et « les élus locaux ». En cas de maintient de la situation actuelle, « ils s’accapareront tout encore une fois. Rien ne restera pour nos générations futures et nous ne sommes pas nés pour regarder le train passer. Ces élus de la peur et du NON sont en train de nous vendre pour leur seul profit. […] Le lendemain du Oui l’enjeu sera de dénoncer les accords commerciaux conclus en notre défaveur durant la période coloniale (titres miniers, pactes fiscaux léonins, énergie solaire, télécommunications, contrats de travail, etc...) ». L’histoire françafricaine montre que de telles opportunités sont rares.
[1Comme l’illustre le récent film de Mehdi Lallaoui, « Kanaky-Nouvelle-Calédonie. La métamorphose du Caillou », disponible sur Mediapart.
[2L’équivalent de la préfecture en Nouvelle Calédonie.

jeudi 25 octobre 2018

Le 1 er ministre vient replanter le drapeau BBR en Kanaky et boire le champagne avec ses complices


 « J’ai rappelé aux différents partis que les institutions doivent jouer pleinement leur rôle. Lors de ma déclaration de politique générale, en juillet 2017 j’avais souhaité que le Congrès puisse déterminer et arrêter la question qui sera posée aux électe

Comme Pierre Frogier la semaine passée au sénat, Philippe Dunoyer a interpellé mercredi le premier ministre une ultime fois, à l’assemblée nationale, avant le référendum du 4 novembre prochain. La question du député calédonien fut simple : « Le 5 novembre, en cas de victoire très probable du non, comment l’Etat entend-il poursuivre l’accompagnement de la Nouvelle-Calédonie dans le cadre du processus d’émancipation engagé ? ». La réponse d’Edouard Philippe le fut tout autant : « Le 5 novembre, je serai en Calédonie pour rencontrer l’ensemble des forces politiques, pour discuter de leurs analyses des résultats et pour évoquer les conditions de l’après 4 novembre. »

« Ma question avait deux objectifs », explique Philippe Dunoyer : « rappeler la qualité de la préparation de ce référendum, par opposition à celui de 1987. En 1987, le corps électoral n’était pas stabilisé, les indépendantistes appelaient à boycotter, et le résultat était contesté. Pour ce référendum, personne ne conteste la composition de la liste, tout le monde appelle à participer, à part le parti Travailliste, et le résultat sera incontestable. Objectivement, il est important de dire que tout cela est dû au travail de l’Etat et cela n’a pas été des petits efforts. Le second aspect positif, c’est de rappeler que l’Etat a bien fait de conserver sa posture de neutralité. »

Avant d’annoncer sa venue à Nouméa, le Premier ministre avait déclaré que « le 4 novembre sera un aboutissement et une victoire. L’aboutissement de 30 ans d’engagement des partis sur les accords de Matignon, l’aboutissement d’une volonté farouche, l’aboutissement de 30 ans de volonté de parler, d’avancer, de dégager des consensus alors qu’il y avait des désaccords, alors même qu’il y avait des frustrations alors même que l’histoire a été compliquée. Le novembre est une victoire car ces 30 années font honneur à la Calédonie et à l’ensemble des forces politiques qui constituent cette assemblée. Un grand sens de l’Etat a prévalu, quelles que soient les majorités. »