PARTI TRAVAILLISTE

KANAKY

dimanche 8 mars 2015

Les commissions de révision des listes submergées : Radiations : l’enlisement


Les commissions administratives de révision des listes électorales risquent de durer beaucoup plus longtemps que prévu. Dans le Grand Nouméa, le FLNKS pose des milliers de demandes de radiation, mais les loyalistes veulent un examen au cas par cas.
Les commissions administratives vont disposer de très peu de temps pour mener leurs investigations.
Les commissions administratives vont disposer de très peu de temps pour mener leurs investigations.

Il semble qu’une guerre de tranchées soit en train de s’organiser autour des commissions de révision des listes électorales spéciales des provinciales. Tout au moins dans les communes du Grand Nouméa qui sont les plus largement visées par les milliers de demandes de radiation formulées par le FLNKS.
Lundi, les choses se sont pourtant déroulées dans une certaine sérénité à Païta. Les représentants indépendantistes ont déposé 380 demandes de radiation. Les commissions se sont engagées à investiguer sur ces cas. Il s’agit pour l’essentiel de personnes qui n’étaient pas inscrites en 1998 sur les listes de la commune. Les commissions vont donc solliciter la Cafat et la direction des services fiscaux pour savoir s’il y a trace de leur présence avant 1988.

Investigations. Mais les choses se sont compliquées, hier, à Nouméa. Cette fois, ce sont 3 370 demandes de radiation qui sont déposées par les indépendantistes. Les membres non-indépendantistes des commissions ont exigé un examen au cas par cas avant d’autoriser ou non des investigations. Ce premier filtre aurait abouti au retrait d’environ 20 à 30 % des demandes de radiation qui résultaient d’approximations de la liste de 1998 ou de confrontations entre plusieurs moutures de cette liste.
Il semble d’ailleurs qu’indépendantistes et non-indépendantistes soient parfois tombés d’accord, contre l’Etat et le magistrat, pour ne pas radier les personnes inscrites tardivement au regard de la loi, mais nées en Calédonie.

Informatisé. Mais la démarche prend un temps fou. Les commissions ne devaient initialement siéger que deux jours à Nouméa. Il leur en faudra probablement au moins un troisième.
Or, dès la semaine prochaine, elle sont censées statuer sur les résultats de leurs investigations. Un calendrier presque impossible à respecter.
Reste une question. Que feront les commissions en cas d’impossibilité pour la Cafat et la Direction des services fiscaux de retrouver des éléments de preuve fiables de présence en 1988 ? C’était il y a 27 ans. Aucun service administratif n’était alors informatisé. Quelle fiabilité accorder à ces archives quand on sait que la liste électorale de 1998 contient elle-même des inexactitudes. Il se pourrait d’ailleurs que les services fiscaux se retrouvent en difficulté avec leur devoir de secret.
Le doute profitera-t-il aux personnes susceptibles d’être radiées? Ou bien leur sera-t-il défavorable?
Ph.F.

vendredi 6 mars 2015

La tribu de Wara accueillera de nombreuses Femmes ce dimanche 8 mars 15


Dans le cadre de la Journée Mondiale des Droits de la Femme décrétée par les Nations Unies, la Commission des Femmes de l’USTKE et la Condition Féminine du Parti Travailliste, avec toutes les femmes qui les accompagnent depuis toujours, notamment :
-    Les Femmes de l’Eglise Evangélique (Consistoire de Nouméa),
-    Les Femmes de la tribu de Saint-Louis,
-    Les Femmes du District de Païta,
-    Les Femmes des Eglises du Pacifique,
-    Les Femmes du District Ciri,
-    Les Femmes de la tribu d’Unia à Yaté,
-    Les Femmes de la tribu de Wara à  l’Ile Ouen.
Elles organisent leur journée, ce dimanche 8 mars 2015 à partir de 8 heures à la tribu de Wara à l’île Ouen, en Pays Djubea-Kapone. Cette journée sera l’occasion de faire des bilans, des rencontres, des projets et faire aboutir des revendications. Le thème phare : " Femmes en marche pour l'unité pour gagner le référendum de 2018 ". 


Au programme :
8 heures : Accueil des arrivants - café
8 h 30  : Cérémonie coutumière
             Chant d'accueil par les femmes de Wara
             Bénédiction de la journée par une femme de l'Eglise
9 heures : Mot d'ouverture par une femme de l'endroit
                Prises de paroles des responsables de femmes
                Interventions des responsables coutumiers, politiques et du syndicat
                Clôture des interventions par une femme de la Mélanésie (FIJI)
11 h 30 : Interprétation d'une chanson (responsable Naomie), danse culturelle des femmes de la tribu de l'Ile Ouen
12 heures : Repas en commun - pause/café- remise de cadeaux - défilé de robes traditionnelles et présentation de la couturière du pays et de sa production
13 heures : Animation musicale (après-midi festif)
17 heures : Clôture, cérémonie coutumière
18 heures : Retour en Grande-Terre - Fin

Rendez-vous ce dimanche 8 mars 2015  à 6 heures à port Moselle (près du marché municipal de Nouméa). Départ à 7 heures avec le Mary D. Retour à 18 heures. Une participation de 2000 frs CFP sera demandée à l'embarquement.

(N.B : La robe traditionnelle est de mise pour cette journée)

jeudi 5 mars 2015

Les journalistes mélanésiens priés de ne pas poser de questions sur la Papouasie occidentale

Ces derniers jours, la ministre indonésienne des Affaires étrangères, Retno Marsudi, était en tournée dans plusieurs pays mélanésiens. Une tournée lors de laquelle les sujets qui fâchent ont été volontairement éludés. 
Ainsi, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, il a été demandé aux journalistes de ne pas poser de questions sur les indépendantistes de la Papouasie occidentale, alors que le dossier a connu des développements, récemment : début février, le Premier ministre papou, Peter O'Neill, a déclaré pour la première fois son soutien « aux frères papous d'Indonésie ».
 
Alexander Rheeney, le président du comité de la presse, demande des explications au gouvernement papou :
 
« J'ai envoyé un courriel au département des Affaires étrangères, en leur demandant de clarifier la situation, de donner une explication rationnelle au fait qu'ils ont en quelque sorte censuré les journalistes locaux. Avoir été muselé sur cette question de la Papouasie occidentale nous préoccupe vraiment. »
 
Alexander Rheeney souhaite notamment savoir qui a pris la décision d'intimer aux journalistes de ne pas aborder le sujet : est-ce une demande de l'Indonésie ou une initiative du gouvernement papou ? Le président du comité de la presse espère obtenir une réponse des autorités et l'assurance que les journalistes puissent faire leur travail à l'avenir :
 
« J'espère que ça ne se reproduira plus, parce que ce qui se passe en Papouasie occidentale continuera d'intéresser les habitants de Papouasie-Nouvelle-Guinée, et pas seulement eux, mais aussi tous les habitants de la région et même du monde. »
 
Aux Îles Salomon, également, les reporters n'ont pas pu poser de questions à la ministre indonésienne sur la question papoue. Ils n'ont en fait pu lui poser aucune question, puisque la conférence de presse a été annulée à la dernière minute, dénonce Ofani Eremae, le directeur de publication du Solomon Star :
 
« Ce qui se passe en Papouasie occidentale est une tragédie humaine, c'est un problème que l'Indonésie ne peut plus garder secret. Je pense que si l'Indonésie veut vraiment se rapprocher de la Mélanésie et des îles du Pacifique, elle devrait s'ouvrir aux médias, accepter les questions des journalistes, parce que c'est ce qu'il faut faire. »
 
Depuis 2011, grâce à la pression exercée par les Îles Fidji, l'Indonésie a obtenu le statut d'observateur au sein du Groupe mélanésien Fer de Lance. Une organisation régionale qu'aimeraient rejoindre les indépendantistes papous. Ils ont déposé une nouvelle candidature, qui est examinée en ce moment. 
 

mercredi 4 mars 2015

KEMI SEBA REPOND A LA MINISTRE FRANCAISE PAU LANGEVIN SUR SA TENTATIVE DE NIER LE COTE GENOCIDAIRE DE L'ESCLAVAGE QUI SERAIT MOINS GRAVE QUE CELUI DE LA SHOAH]

Madame la Ministre de la République française Georges Pau Langevin, je suis partagé entre la profonde déception qu'un fils peut ressentir lorsqu'il voit sa mère se mettre à 4 pattes devant son patron pour obtenir une augmentation, au mépris de sa dignité, et mon admiration de voir que vous êtes une employée modèle qui respecte à la lettre le contrat de travail que vous avez signé.
Ce sentiment schizophrénique qui est le mien LORSQUE je vous observe est dû à ma connaissance de votre devoir politique vis à vis de ceux qui vous payent et à la connaissance historique concernant notre peuple , qui, j'en suis sûr, est connue par vous. Vous êtes une Ministre de la République française. Ministre provient étymologiquement parlant du latin "minister" qui signifie "serviteur". Au-delà du prestige de façade accolé à ce terme, vous êtes payée pour servir l'oligarchie se présentant comme française. Et cette oligarchie liée à la finance internationale qui prend en otage la France, qui vous rémunère à la fin du mois, ne tolérera jamais que l'on puisse trouver un crime contre l'Humanité équivalent, voire pire que la Shoah, considérant que bon nombre de ces oligarques liés charnellement à ce drame ont fait de ce crime un outil géostratégique servant à justifier leur prédation (bien qu'ils ne furent pas tous des victimes durant cette seconde guerre mondiale, à l'image de certains Juifs qui ont collaboré financièrement avec les nazis de 1939 à 1945 
https://www.youtube.com/watch?v=d0YR3wt0lTE,
 pour ensuite avoir l'outrecuidance de se présenter en OPPRIMES) . On l'a bien intégré mentalement, rien ne doit l'égaler en horreur. Rappelons aussi, comme l'explique l'ouvrage "Secret relationship between Blacks and Jews" que les familles formant cette même élite prédatrice que vous servez (dans votre rôle de Ministre) se sont fait une fortune sur le dos de la traite négrière, en étant , les plus prolifiques vendeurs d'esclaves, entre autres. Pas étonnant que ces gens veuillent minorer l'impact là encore de ce crime.
Pourtant, et je suis certain que vous le savez au fond de vous (je n'oserai insulter votre intelligence maman), en usant simplement de la méthodologie du grand panafricaniste afro-américain Web Dubois (que nous rappelle avec finesse le brillant site d'information Terangaweb), l'on apprend que:
"Selon les traces historiographiques ,il faut compter en moyenne 4 victimes collatérales pour 1 esclave vendu, soit près de 200 millions selon les chiffres de Queneuil.

Maman, nous savons que selon ta vision des choses (je n'arrive plus à te vouvoyer même si l'envie de prendre mes distances me saisit le corps) , 6 millions de Juifs, sont supérieurs en importance symbolique à 200 millions de Nègres. Et que donc, par conséquent,l'on ne peut pas en vouloir à François Hollande de déclarer qu'il n'y a aucun génocide pire que la Shoah (une explication tout droit sortie de l'intelligence de ton gouvernement à qui tu sers le café).
Merci maman de ta réfléxion. Tu te doutes que nous ne la partageons pas. Pire, je ne suis pas certain que l'Histoire, écrite par notre peuple, sera clémente avec toi. Mais je prie tout de même pour toi.
Kemi Seba, Essayiste , conférencier et chroniqueur politique panafricaniste TV/RADIO

dimanche 1 mars 2015

Le gouvernement algérien doit interdire la fracturation hydraulique !

L’idée d’utiliser une denrée aussi rare, précieuse et vitale que l’eau pour aller fracturer des roches à plusieurs milliers de mètres sous terre n’a pu naître que dans l’esprit malade de gens qui depuis longtemps ne perçoivent du monde que les signes renvoyés par le CAC 40 ou la croissance du PNB.
Les mobilisations en France ont contraint le gouvernement de l’époque à faire voter une loi contre la fracturation hydraulique. C’était une superbe victoire qui a surpris tout le monde par sa rapidité et par le fait que parmi les opposants, se retrouvaient côte-à-côte, des citoyens d’horizons politiques très différents. La défense de l’eau brisait les carcans politiques classiques qui imposent un monde binaire, droit/gauche, noir/blanc.
La Pologne était soi-disant le nouvel Eldorado pour les multinationales des hydrocarbures qui sont arrivés à Varsovie dans les bagages d’Obama en 2008. Depuis, les paysans et les citoyens se sont mobilisés. Certains, que j’ai rencontrés à plusieurs reprises dans l’est à la frontière avec l’Ukraine, se sont relayés pendant des mois, jours et nuits, pour empêcher les camions vibreurs d’entrer dans leur champ. Leur détermination a fini par arracher le morceau et les multinationales ont quitté les lieux en catimini.
Ces mêmes multinationales ont été explorées le terrain en Roumanie d’où elles ont également été chassées par des milliers de manifestants déterminés. Chevron a annoncé, le plus discrètement possible, son départ il y a quelques jours seulement de ce pays.
Face aux dégâts sanitaires et environnementaux, aux Etats-Unis, l’Etat de New-York a interdit la fracturation hydraulique et la Californie pourrait lui emboiter le pas très prochainement.
Sur cette planète, les gens refusent le gaz de schiste. Nombreux sont ceux qui se dressent, gagnent et leurs victoires font boule de neige.
Le simple fait que TOTAL songe à exploiter le gaz de schiste dans le désert montre une fois de plus que cette entreprise est criminelle. Elle devra répondre de ses crimes devant un Tribunal Environnemental International qui, je l’espère, verra le jour prochainement.
TOTAL pensait pouvoir s’épanouir dans un pays du Maghreb sous la protection d’un système politique corrompu et répressif. Elle en est pour ses frais.
TOTAL, grâce à son arrogance et à son cynisme, a soulevé la colère de dizaines de milliers d’algériennes et d’algériens en qui je me reconnais.
TOTAL doit immédiatement interrompre ces recherches dans cette région et laisser les gens tranquilles.
Les manifestations contre l’exploration du gaz de schiste en Algérie ne mollissent pas, bien au contraire ! Elles sont de plus en plus nombreuses. Elles doivent être soutenues par l’ensemble des habitants de la planète et en particulier par nous, qui habitons de l’autre côté de la Méditerranée, et qui sommes leurs voisins.
Moins de dix mois avant la Conférence sur le réchauffement climatique qui se déroulera à Paris, ces algériennes et ces algériens qui disent NON aux gaz-euros font naître l’espoir comme les indiens d’Equateur qui refusent avec acharnement de laisser dévaster leur forêt pour une poignée de pétro-dollars. Les gens se redressent. C’est une nouvelle donne que les chefs d’état qui se réuniront à Paris en décembre 2015 doivent sérieusement prendre en considération.
Ces manifestations sont le signe de l’émergence d’une conscience écologique mondiale qui place les ressources naturelles, la qualité de la vie, la beauté des paysages au-dessus des profits et sur lesquelles les idéologies de toutes natures viennent se fracasser. De ces manifestations coule une source d’espérance et de détermination qui nous renforce.



José Bové, député français au parlement européen et célèbre militant altermondialiste, se prononce contre l’exploitation du gaz de schiste.
Considérant que « l’idée d’utiliser une denrée aussi rare, précieuse et vitale que l’eau pour aller fracturer des roches à plusieurs milliers de mètres sous terre n’a pu naître que dans [un] esprit malade, », il lance un appel au gouvernement algérien pour interdire la fracturation hydraulique.

L’arrogance de Total

Sur Mediapart, le militant écologiste altermondialiste s’attaque en particulier à la compagnie pétrolière française Total. « Du simple fait que Total songe à exploiter le gaz de schiste dans le désert montre une fois de plus que cette entreprise est criminelle. Total pensait pouvoir s’épanouir dans un pays du Maghreb sous la protection d’un système politique corrompu et répressif. Elle en a pour ses frais », écrit-il.

« Total, grâce à son arrogance et à son cynisme, a soulevé la colère de dizaines de milliers d’Algériennes et d’Algériens en qui je me reconnais, » poursuit-il, avant d’ajouter que « Total doit immédiatement interrompre ces recherches dans cette région et laisser les gens tranquilles. »

José Bové conclut en insistant sur le fait que les manifestations contre l’exploration du gaz de schiste en Algérie « doivent être soutenues par l’ensemble des habitants de la planète et en particulier nous [Français], qui habitons de l’autre côté de la Méditerranée, et qui sommes leurs voisins ».

http://www.tsa-algerie.com/2015/02/28/jose-bove-apporte-son-soutien-aux-anti-gaz-de-schiste-en-algerie-denonce-total/

vendredi 27 février 2015

La Cour de Cassation vient de confirmer la position toujours défendue par la Commission Politique et Citoyenneté du FLNKS/PT/DUS

La Cour de Cassation vient de confirmer la position toujours défendue par la Commission Politique et Citoyenneté du FLNKS/PT/DUS, en précisant que dans la partie FLNKS, seul l’UC s’est réellement investi dans ce travail avec le PT et la DUS.

Malgré les votes défavorables répétées des commissions administratives, les rejets répétés de nos recours aux tribunaux, les campagnes médiatiques des responsables des partis pro-colonialistes voulant faire passer nos gens pour des irresponsables, les recours et les condamnations contre nos tiers électeurs, les avis « éclairés toujours contre nous des juristes genres Anne Gras », la persévérance a payé et cet arrêt de la Cour de cassation confirme les positions que nous avons toujours défendu sur les conseils de notre juriste Mathias CHAUCHAT agrégé de droit constitutionnel, professeur de droit à l’Université de Nouvelle-Calédonie. 

L’essentiel de cet arrêt concernant les listes électorales spéciales pour les élections provinciales et que nous avons toujours défendu, c’est la triple condition :
  1. Être présent dans le pays avant 1998
  2. Être inscrit sur la liste générale de 1998.
  3. 10 ans de résidence continue.

Suite à notre réunion hier au Haut-commissariat sur la question, le haussaire a décidé de publier le document joint au titre de VADEMECUM que je vous transmets pour que chacun connaisse mieux le dossier juridique et s’en serve si nécessaire dans le travail de contrôle des commissions ou là où ce sera nécessaire.

Bon courage,

Louis Kotra UREGEI
Président du Parti Travailliste

Pour lire le Vademecum et le document des radiations cliquez sur les liens ci-dessous.



Election en Nouvellecalédonie Kanaky : La france a bien triché !

  panneau triche

 C’est confirmé. Les nouvelles consignes données par Matignon sont différentes de celles de 2014. Va-t-on de nouveau assister à des demandes massives de radiation d’électeurs ? Ces derniers pourront-ils invoquer l’autorité de la chose jugée ?

Les partis non-indépendantistes ont commencé à fourbir leurs armes alors que commencent lundi les premières réunions des commissions administratives de révision des listes électorales spéciales permettant de voter aux élections provinciales. Cette année, contrairement à 2014, l’Etat semble avoir donné consigne à ses représentants au sein des commissions, de suivre la jurisprudence réaffirmée de la Cour de cassation en la matière. Pour figurer valablement sur cette liste, il faut avoir été inscrit (si l’on était majeur à l’époque) sur la liste générale arrêtée en février 1998. Et pas seulement être arrivé en Nouvelle-Calédonie avant le mois de novembre 1998, comme l’avait déclaré en 2014 le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, devant l’Assemblée nationale, en réponse à une question de Sonia Lagarde.

Amendement. Cette année, l’Etat a changé son fusil d’épaule puisqu’il a demandé à ses représentants de se conformer à la jurisprudence de la Cour de cassation.
Hier, Gaël Yanno et les principaux responsables de l’UCF ont indiqué publiquement qu’ils proposeront un amendement pour modifier la loi organique et en revenir au gel simple tel que préconisé il y a un an par Jean-Marc Ayrault. « La réforme de 2007 instituant le gel du corps électoral a modifié la Constitution, mais pas la rédaction de l’article 188 de la loi organique » souligne Gaël Yanno. « C’est cette carence qui fait que l’autorité judiciaire a ajouté des restrictions supplémentaires à celles que voulait le pouvoir politique. Du coup, les indépendantistes tentent aujourd’hui d’exclure à défaut d’avoir su convaincre. »
Pierre Frogier a également prévu de faire au Sénat une proposition allant dans le même sens. Mais ces entreprises semblent difficiles puisque la modification d’une loi organique suppose un vote identique des deux assemblées, et que de surcroît, elle ne pourrait intervenir qu’après le travail des commissions prévu pour durer deux mois.
A Calédonie ensemble, Philippe Gomès refusait hier encore d’imaginer une volte-face de l’Etat. « Le Premier ministre s’est engagé publiquement il y a un an devant l’Assemblée nationale. Il a posé une ligne de conduite qu’il a explicitement placée dans la continuité de l’Etat, des signataires, de Michel Rocard et de Lionel Jospin. » Bref, le politique devrait primer sur l’interprétation juridique.

Bouclier. Frédéric De Greslan fait quant à lui valoir que les milliers de personnes ayant fait l’objet de recours en radiation infructueux en 2014 sont désormais protégées par « l’autorité de la chose jugée », et ne pourraient faire l’objet d’une nouvelle demande de radiation sur les mêmes motifs. Cette opinion est partagée par le professeur de droit Guy Agniel, mais pas par Mathias Chauchat, professeur à l’université, et proche de l’Union calédonienne. Autant dire qu’une querelle de juristes se profile à

  Un système à corriger « rapidement »

Publié le vendredi 27 février 2015 à 03H00
Selon le FLNKS, les commissions administratives spéciales doivent pouvoir « se pencher de nouveau sur les cas qui nous paraissent douteux ».
Peu avant une rencontre, hier, entre le haut-commissaire et le groupe du Congrès UC-FLNKS et nationalistes, le bureau politique du Front a réaffirmé, devant les médias, ses positions et ses attentes sur le corps électoral spécial. Le matin même, la doctrine de la Cour de cassation était imprimée dans les colonnes des Nouvelles. En bref, pour voter aux élections provinciales, il faut avoir été inscrit sur la liste générale de 1998. Cette orientation était traduite dans un vadémécum, ou mémento, présenté par le haussaire aux groupes politiques. « L’Etat doit prendre toutes ses responsabilités pour la bonne tenue du corps électoral spécial et surtout pour l’affirmation de cette citoyenneté », note Gérard Reignier, actuel animateur du FLNKS. Si des recours en justice ont été entrepris, « ce n’est pas par plaisir, c’est par manquement de l’Etat ».

Le cas de 5 300 personnes
Le chiffre avait fait du bruit et a hier été rappelé, le cas de 5 300 personnes environ est « à réétudier », selon le Front. Un point technique a en outre été souligné. « Si le parent est frauduleusement, ou indûment, inscrit, on va inscrire forcément les jeunes qui n’ont pas lieu d’être inscrits sur la liste électorale, ajoute Gérard Reignier. La conclusion est claire, le système doit être corrigé très rapidement. Evoquée au dernier Comité des signataires, la modification de la loi organique en faveur, notamment, de l’ajout d’un magistrat supplémentaire au sein des commissions administratives spéciales, ne sera « actée que fin avril ou mi-mai ». Soit après la révision annuelle de la liste électorale spéciale prévue entre le 2 mars et le 16 avril. Intervenu il y a peu à New York, Mickaël Forrest a souligné que l’ONU mais aussi le Groupe mélanésien Fer de lance se sont montrés « très sensibles » à la situation calédonienne.
Y.M

Corps électoral de Nouvelle-Calédonie: vers une nouvelle polémique

La révision annuelle des listes électorales débute ce lundi. Une opération administrative qui s’annonce éminemment politique et polémique. Surtout que l’Etat a changé de cap concernant les conditions d’inscription sur la liste spéciale.
© NC 1ère

La notion de corps électoral restreint a toujours fondamentalement opposé les deux blocs politiques de l'archipel, indépendantiste et non indépendantiste.Et à quelques jours de la révision annuelle des listes électorales, la polémique sur l'interprétation de l'article 188 de la loi organique, qui réglemente le droit de vote aux élections en Nouvelle-Calédonie, alimente de nouveau l'actualité.
 
L’État, à travers un nouveau vademecum, (document officiel indiquant la conduite à suivre pour le délégué de l'Etat qui siège au sein des commissions administratives spéciales chargées de réviser les listes électorales dans chaque commune), a décidé de suivre la jurisprudence validée par la Cour de cassation qui en plus des conditions de présence et de résidence en Nouvelle-Calédonie lie le droit de vote aux prochaines élections provinciales à l'inscription sur la liste électorale de 1998.
 
Les indépendantistes se satisfont du changement de lecture de l’Etat. Le FLNKS demandera l’examen de 5300 cas...5300 radiations potentielles. Une liste établie sur la base des personnes qui ont voté aux Provinciales de 2014 et qui n’étaient pas inscrites en 1998. 
 
De son côté, l’UCF (Union pour la Calédonie dans la France) a tenu à exprimer son inquiétude. Qualifiant d’"arbitraire" la jurisprudence rendue par la Cour de cassation, l’UCF demande une clarification et propose un amendement à l’article 188 de la loi organique.
 
Pour Calédonie Ensemble, il faut s’en tenir à la position prise en 2014 par l’ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault devant l’Assemblée Nationale: "Ainsi, doivent être électeurs aux élections provinciales toutes les personnes majeures installées en Nouvelle-Calédonie le 8 novembre 1998 au plus tard, après avoir satisfait à la condition de dix ans de domicile, ainsi que leurs descendants atteignant par la suite la majorité...L'examen de la condition d'installation en Nouvelle-Calédonie en 1998 devra être conduit avec un soin particulier, sur la base de la consultation de la liste électorale générale de 1998 ou de tout élément établissant cette installation " avait déclaré Jean-Marc Ayrault devant l'Assemblée nationale en février 2014. 
 
Si jamais l’état décidait de revenir sur la position exprimée devant l'Assemblée nationale, il s’agirait selon le leader de Calédonie Ensemble, Philippe Gomès, d’une "volte face inacceptable" qui conduirait son parti à entreprendre "un certain nombre d’actions pour que la justice en matière électorale soit rétablie dans en Nouvelle-Calédonie".

jeudi 26 février 2015

Opération nettoyage ?

La décision de la Cour de cassation va faire du bruit. Pour voter aux élections provinciales, il faut avoir été inscrit sur la liste générale de 1998. L’Etat a prévu de suivre sa jurisprudence. La révision des listes électorales débute dans les prochains jours.
En 2014, les représentants de l’Etat n’avaient pas suivi les critères très restrictifs de la Cour de cassation. Cette année, ils vont le faire, ce qui va changer la donne.
Photo Archives LNC
Les magistrats qui vont procéder à la révision annuelle des listes électorales arrivent à Nouméa en fin de semaine avec, dans leurs bagages, les derniers arrêts de la Cour de cassation. Des arrêts - concernant la liste spéciale (celle des provinciales) - qui sont clairs et nets : une personne non inscrite sur la liste générale en 1998 et qui ne peut, par ailleurs, attester de dix années de présence continue sur le territoire entre 1988 et 1998, ne peut figurer sur la liste permettant de voter aux élections provinciales.
Plusieurs décisions de la Cour, prises entre juin et septembre, et toutes rédigées dans le même sens, mettent donc fin aux débats et interprétations divers nés de la réforme de la Constitution de 2007. Cette année-là, à la demande du président Jacques Chirac, le corps électoral, réputé glissant (évolutif) depuis les Accords de Nouméa, est devenu figé. Cela signifie que toute personne s'étant installée en Nouvelle-Calédonie après 1998 se voyait interdite de vote pour les élections provinciales. Difficile à avaler, notamment pour Pierre Frogier, la décision a fini par être digérée, tant bien que mal.

Inquiétude. La polémique a ressurgi l'an passé, lors des élections provinciales, quand l'UC et le Parti travailliste ont tenté de faire radier plus de six mille personnes de la liste spéciale, principalement en province Sud. L'argument des requérants était simple : toute personne non inscrite sur la liste générale de février 1998 ne pouvait se retrouver ultérieurement sur la liste spéciale. La justice a majoritairement rejeté la demande, mais des milliers des Calédoniens s'étaient retrouvés dans les salles d'audience de Nouméa et de Koné, vieilles factures à la main, afin de prouver leur présence sur le sol dix ans avant la date couperet.
Ce fort mouvement d'inquiétude pour les électeurs potentiels, que le haut-commissaire de l'époque n'avait rien fait pour calmer, avait connu un apaisement avec la déclaration du premier ministre Jean-Marc Ayrault. Sa réponse, politique, avait fait de la présence en Calédonie en 1998 le critère déterminant pour être inscrit sur les listes spéciales.

Décisions. Reste qu'il y a le texte de la loi organique, précis, sur lequel viennent de s'appuyer les magistrats de la Cour de cassation.
L'article 188-1 de la loi organique de 1999 distingue trois cas : les personnes présentes sur le territoire en 1988 et avant, les personnes arrivées entre 1988 et 1998 et, enfin, les personnes non majeures en 1998. Pour le second cas, qui a été l'objet du litige en 2014, il convient d'être inscrit sur le fameux tableau annexe de 1998 pour prétendre participer au scrutin provincial. En pratique, il suffit d'être inscrit sur la liste électorale générale de 1998, puisque pour figurer au tableau annexe de 1998, il fallait d'abord être inscrit sur la liste électorale générale cette année-là. Cette première condition remplie, il fallait aussi que les personnes aient résidé 10 ans en Nouvelle-Calédonie avant d'être inscrites sur la liste électorale spéciale.
Le guide remis par l'Etat aux délégués du haut-commissaire dans les prochaines heures ira dans ce sens, car, comme le rappelle un conseiller du gouvernement conscient des remous que va provoquer une telle décision, « dans un Etat de droit, on respecte les décisions de la justice ».
La révision des listes électorales est prévue pour durer deux mois.

Itinéraire d’un corps glissant, puis gelé

Lorsque l’accord de Nouméa a été adopté par référendum le 8 novembre 1998, les électeurs se sont prononcés en faveur d’un texte qui prévoyait un corps électoral restreint, mais glissant pour les élections provinciales. Pour y figurer, il fallait justifier d’au moins dix ans de résidence en Calédonie.
Mais très vite, les indépendantistes ont fait valoir que ce n’était pas conforme à l’esprit qui avait prévalu lors des négociations de l’accord, et ont demandé à l’Etat de rendre ce corps électoral gelé. En 2003, lors de sa venue chahutée en Calédonie, le président de la République Jacques Chirac s’est engagé dans ce sens. C’était aussi un retour à l’envoyeur envers Jacques Lafleur qui avait soutenu, en 1995, la candidature de son rival Edouard Balladur à l’élection présidentielle.
La promesse a été tenue en 2007, par une réunion du Congrès à Versailles, où la Constitution a été modifiée. Depuis lors, on considérait qu’il fallait être arrivé avant novembre 1998 pour prétendre, dix ans après, figurer sur la liste spéciale. Après, la porte était fermée.
Mais la Cour de cassation, saisie de plusieurs contentieux, a régulièrement posé ensuite comme condition d’inscription sur la liste spéciale le fait d’avoir été inscrit sur la liste générale de février 1998.


Le branle-bas de combat chez les partis loyalistes

Cette année, la position de l’Etat, qui est de suivre la jurisprudence de la cour de cassation, risque d’aboutir à des milliers de radiations.
Chez les partis loyalistes, c’est le branle-bas de combat. Pierre Frogier annonce qu’il va intervenir au Sénat, il estime que ce n’est pas à la justice de trancher la question, mais au pouvoir politique de clarifier les choses par la loi. Gaël Yanno va demander précisément que la modification de la loi organique qui se prépare, inclut une réécriture de l’article 188 qui précise les critères d’inscription, mais « dont la rédaction remonte à l’époque du corps glissant » et estime que la Cour de cassation ajoute une restriction qui n’est pas dans le texte. Philippe Gomès rappelle qu’en 2014, le Premier ministre a fixé la ligne de conduite des représentants de l’Etat devant la représentation nationale, à l’Assemblée. « S’il devait y avoir volte-face, ce serait inacceptable. »


Ph.F.
 

6 700

C’est le nombre de personnes visées par l’opération de radiation, lancée à quelques semaines des élections provinciales de mai 2014, par l’Union calédonienne et le Parti travailliste. L’Onu avait été appelée à la rescousse.
 

Repères

Commissions en évolution
Les commissions administratives spéciales de révision des listes électorales spéciales sont actuellement composées de cinq membres. Un magistrat de l’ordre judiciaire désigné par la Cour de cassation, un représentant de l’Etat désigné par le haut-commissaire, un représentant du maire de la commune concernée, désigné par le maire, et deux représentants des électeurs, un indépendantiste et un non-indépendantiste.
Les décisions des commissions sont donc prises à une majorité de trois voix au moins.
Au cours des deux dernières années, les magistrats appliquaient la jurisprudence de la cour de cassation, mais les représentants de l’Etat suivaient les consignes de Matignon. D’où les rejets massifs des demandes de radiation faites par la commission citoyenneté du FLNKS et du parti travailliste.
Cette année, les représentants de l’Etat ont reçu la consigne d’appliquer la jurisprudence de la Cour de cassation. Les majorités ne seront plus les mêmes.

Liste référendaire gelée
L’accord de Nouméa n’avait pas initialement prévu des listes gelées pour les élections provinciales. En revanche, il l’avait prévu pour la liste de ceux qui pourront voter aux référendums. Pour être inscrit, il faut résider en Nouvelle-Calédonie depuis 1994. Ce point n’a jamais été source de polémique entre indépendantistes et loyalistes.

Le plan Wamytan sur les rails

Le groupe de Wamytan va en premier consulter le Palika.
Le groupe de Wamytan va en premier consulter le Palika.

Roch Wamytan avait annoncé il y a quelques semaines qu’il préparait une proposition pour tenter de trouver une issue à la crise politique.
C’est fait. Hier, le président du groupe UC-FLNKS et nationaliste au Congrès, a présenté l’esquisse de ce que pourrait être un gouvernement d’unité calédonienne qui ferait consensus entre les cinq groupes politiques constitués au Congrès, et ayant des membres au sein du gouvernement.
Fiscalité, identité kanak, projet éducatif, service civique, formation professionnelle… La plateforme concoctée par Roch Wamytan et ses alliés a vocation à être une base de discussion avec les autres groupes politiques. « Nous allons bien sûr commencer par l’UNI [le groupe de Paul Néaoutyine, NDLR] puis nous solliciterons les trois groupes non-indépendantistes, le Front pour l’Unité, L’Union pour la Calédonie dans la France et Calédonie ensemble », résume Roch Wamytan.

« Revenir à l’esprit des accords »
« Nous voulons en revenir à l’esprit des accords de Matignon et de Nouméa. Cet esprit est en train de se détruire peu à peu, et nous qui sommes signataires de ces accords ne pouvons pas rester passifs vis-à-vis de cette situation. C’est la raison pour laquelle nous entreprenons cette démarche. Nous sommes un pays en voie d’émancipation, c’est donc par nous-mêmes que nous devons trouver une solution : par la discussion, le consensus et le compromis. Nous proposerons quelqu’un susceptible de porter ça au sein du gouvernement », détaille l’ancien président du Congrès.
En clair, Roch Wamytan ne serait pas fâché de voir un indépendantiste présider l’exécutif, dès lors que cela se passe dans un esprit de collégialité.
En revanche, pas question pour lui de retourner aux élections. « Ça ne servirait strictement à rien. On retrouverait pratiquement les mêmes forces politiques. » Il considère également que ça ne sert pas à grand-chose d’aller à Paris.
Roch Wamytan estime également que le contrat de gouvernance solidaire conclu au lendemain des élections provinciales entre les trois formations non-indépendantistes était déjà, en soi, une entorse à l’esprit de collégialité. « Et maintenant, les voilà qui bloquent tout. C’est une situation que les Kanak vivent de plus en plus mal. »

mardi 24 février 2015

50ème anniversaire de la mort de Malcolm X

Il y a 50 ans, le 21 février 1965, Malcolm X, l’une des figures les plus puissantes du mouvement noir aux USA était assassinée. Orateur de talent, doté d’un esprit brillant et intuitif, ainsi que d’une grande probité morale et intellectuelle, l’ex-leader de la « Nation of Islam » ne se contentait pas de discours incantatoires.

Il y a 50 ans, le 21 février 1965, Malcolm X, l’une des figures les plus puissantes du mouvement noir aux USA était assassinée. Orateur de talent, doté d’un esprit brillant et intuitif, ainsi que d’une grande probité morale et intellectuelle, l’ex-leader de la « Nation of Islam » ne se contentait pas de discours incantatoires. Son engagement sans relâche au service de sa communauté et des droits de l’Homme reflétait la personnalité d’un homme courageux, vertébré par de  fortes convictions et une foi inébranlable en Dieu. Nous tenterons de retracer à travers cet hommage, le parcours de ce militant exceptionnel, et d’expliquer les raisons de son assassinat.
Au crépuscule d’un jour de mai 1924, la vie intra-utérine de Malcolm fut tirée de sa douce quiétude par les violences des militants du Ku Klux Klan, abreuvés d’une haine des Noirs qu’ils dissimulaient sous la blancheur immaculée de leurs cagoules. Telle une horde sauvage, ils brisèrent les vitres de la maison familiale pour en découdre avec un père absent ce jour-ci, et dont l’épouse enceinte, terrorisée par la lâcheté de ces cavaliers, ignorait encore qu’elle portait dans son ventre les prémisses du destin fulgurant d’un fils, digne héritier de la lutte des Noirs aux USA.
Malcolm Little naîtra quelques mois plus tard, le 19 mai 1925, à Omaha, dans l’Etat du Nebraska. Il était le septième d’une famille de huit enfants. Son père Earl avait déjà trois enfants issus d’un premier mariage. Il était pasteur, militant de l’Association universelle pour le progrès fondée par Marcus Garvey qui estimait que seul un retour en Afrique des Noirs d’Amérique leur permettrait d’être de véritables hommes libres. Sa mère Louise était une Antillaise qui avait la particularité d’avoir le teint clair en raison du viol de sa mère par un blanc. D’où les cheveux roux et la peau rougeâtre de Malcolm surnommé « red » (le rouquin). Ce qui inspirait à ce dernier un sentiment de répulsion, il avait ainsi appris « à haïr chaque goutte de sang qu’il tenait de l’homme blanc qui avait violé sa grand-mère. »
Sa famille résida plusieurs années à Omaha avant de s’installer à Milwaukee. Une ville qui sera le théâtre du premier traumatisme subi par Malcolm au cours d’une nuit de cauchemar. Il avait en effet à peine 5 ans lorsque les cavaliers récidivistes du Ku Klux Klan imposèrent impunément leur terreur. Ils mirent le feu à leur maison afin de sanctionner l’engagement du père au service d’idées jugées révolutionnaires : « Je me rappelle que nous nous retrouvâmes dehors, en pleine nuit, en caleçon, pleurant et hurlant de toutes nos forces. Les policiers, les pompiers blancs étaient là ; ils regardèrent la maison brûler jusqu’à ce qu’il n’en restât rien. » Des violences qui marqueront à jamais Malcolm. De Milwaukee, la famille Little fut contrainte de déménager à Lansing, dans l’Etat du Michigan. La jeune existence de Malcolm semble être vouée à la damnation, comme pour mieux creuser le sillon d’une destinée qui lui donnera son viatique pour l’histoire.
 
Louise et Earl Little, les parents de Malcolm X
De l'année 1931, il ne retiendra que l’image d’une mère nerveuse et bouleversée. Cet état psychologique fut déclenché par une vision : celle de la mort de son mari, qui se confirma au cours de cette même année. La promesse du sang des cavaliers imprécateurs du Ku Klux Klan fut tenue. Le décès du père de Malcolm, dont la famille avait déjà été décimée par le meurtre de cinq de ses six frères par ces mêmes racistes, marqua le nouvel acte d’une tragédie qui frappa la dynastie Little et que rien ne vint conjurer.
Enlevé à sa famille
Le tempérament d’une mère courage émergea alors sous le coup de ce destin funeste. Confrontée sans aide à l’éducation de ses enfants, la veuve Little en perdit le goût de la vie. L’ultime épreuve fut infligée par l’assistance sociale qui s’empressa d’arracher tous les enfants à l’affection de leur mère. Seule et sous le choc de ce drame, elle perdit la raison, avant d’être internée à l’hôpital psychiatrique de Kalamazoo.
Malcolm X se souvient en 1957 d’une de ses visites : « Je ne peux pas vous dire ce que j’éprouvai alors. La femme qui m’avait mis au monde, choyé, conseillé, puni, aimé, ne me reconnaissait pas. Je la regardais. Je l’écoutais ‘’parler.’’ Mais je ne pouvais rien pour elle. Je crois vraiment que, si jamais famille fut détruite par l’Assistance publique, c’est bien la nôtre. Cette désintégration du foyer n’était pas nécessaire. Mais les gens de l’assistance, les tribunaux et leurs médecins nous ont donné le coup de grâce. Et nous n’étions pas les seuls dans ce cas . »
Malcolm est un adolescent sans repères, dévoré par un terrible sentiment d’injustice. Il erre dans les dédales d’une vie mouvante, d’où se profile comme un déterminisme, un horizon sans énigme qui se confond avec la couleur de son épiderme. Après un passage auprès d’une famille d’accueil blanche, le jeune adolescent atterrit dans une maison de détention à Mason, dirigée par un couple de notables blancs du Michigan : les Swerling.
Cette maison de détention constituait en fait une escale avant l’entrée dans une maison de redressement. Mais grâce aux relations de Mme Swerling, Malcolm fut inscrit dans un lycée à Mason, échappant ainsi à la maison de redressement. Evoquant son séjour chez le couple Swerling, Malcolm écrivait : « Devant moi, ils parlaient de tout et de rien, comme on dit n’importe quoi devant son canari. Ils parlaient même de moi, ou des niggers, comme si je n’étais pas là, comme si je ne comprenais pas le sens de ce mot. Mais ce n’était pas par méchanceté... ils ne leur est jamais venu à l’esprit que j’étais capable de comprendre, que je n’étais pas un toutou, mais un être humain. »
Au lycée blanc de Mason, Malcolm se distingua rapidement par de brillants résultats, notamment dans ses matières de prédilection que sont la littérature et l’histoire. Son professeur d’Anglais qui l’appréciait particulièrement, interrogea un jour Malcolm (à l’occasion d’une conversation après la classe), sur la profession qu’il souhaiterait exercer plus tard. Malcolm répondit « avocat » avec la naïveté d’un adolescent pour qui le rêve et l’ambition n’avaient pas de couleur.
   
Malcolm X, jeune
Le professeur Ostrowski invita alors le jeune élève « ambitieux » à faire preuve de plus de réalisme en lui conseillant de s’orienter vers un métier manuel plus conforme à son « statut de noir ».  Malcolm comprit alors que le noir de sa peau déterminerait son futur professionnel bien plus que ses bons résultats scolaires. Il décida de quitter sans regrets le lycée pour rejoindre sa demi-sœur Ella à Boston. Paradoxalement, avec le recul, Malcolm jugera salvateurs les propos du professeur Ostrovski : « Je remercie Allah de m’avoir envoyé à Boston à ce moment- là, sinon je serais sans doute un chrétien noir au cerveau bien lavé. »
Au bout de l’arrestation, le destin
Nouvellement arrivé à Boston, « red » ne tarda pas à préférer le ghetto au quartier de la classe moyenne noire où résidait sa demi-sœur Ella. Malcolm affiche son mépris pour ces Noirs qui aspirent à être plus blancs que blanc. Il est hanté par sa négritude dont il ne parvient pas à dessiner les contours. Sa mémoire est tourmentée par les récits de l’histoire de ses ancêtres déracinés de la terre mythique d’Afrique. Il se mit à la recherche d’un emploi et rencontra Shorty qui l’introduisit dans le milieu des cabarets de nuit de la région. Il devint cireur de chaussures dans les bals du Roseland. Il astiqua les chaussures de grands « jazzmen », tels que Duke Ellington ou Lionel Hampton. Pour l’anecdote, Malcolm ne manqua jamais de rappeler avec humour que le grand musicien Duke lui doit toujours « quinze cents pour un cirage ». Ce travail était en fait une couverture.
Duke Ellington
La brosse à reluire de Malcolm dissimulait une autre activité beaucoup moins reluisante : celle de vendeur de Marijuana. Mais le rouquin dont les ambitions de délinquants se trouvaient à l’étroit à Boston, entreprit d’élire domicile dans le fameux quartier d’Harlem à New York. Sur les nouveaux lieux de ses « exploits » d’apprenti caïd, Malcolm connut la consécration. Rompu à toutes les combines de la rue, il se construisit une réputation de petit prince de la pègre, doté néanmoins d’un véritable code d’honneur. Auréolé de ce titre, Malcolm consuma sa vie entre les filles faciles et la drogue.
Mais le trône de ‘’red’’ est très convoité. La disgrâce le guette dans le ghetto. Au cœur de Harlem, Malcolm fut rapidement pris dans un règlement de comptes entre les différents gangs du milieu. Menacé dans sa vie, Malcolm se replia sur Boston où il monta, en association avec son ami de toujours Shorty, une petite équipe de cambrioleurs. Son retour à Boston ne fut que la poursuite de sa vie nihiliste. Avec sa nouvelle équipe de malandrins, Malcolm étoffa son palmarès de nageur en eaux troubles, avant que son arrestation ne lui fît boire la tasse.
Contrairement au film de Spike Lee, l’arrestation de Malcolm X n’a pas eu lieu alors qu il était en train de se défriser les cheveux. La véritable arrestation de Malcolm s’est déroulée ainsi : « J’avais donné à réparer une montre volée. Mes armes faisaient partie de mes vêtements, comme mes cravates. J’avais mis mon pistolet dans un étui accroché à mon épaule, sous mon manteau. J’appris par la suite que le propriétaire de la montre avait indiqué la réparation dont elle avait besoin. Une très belle montre, c’est pourquoi je l‘avais gardée pour moi. Et tous les horlogers de Boston étaient alertés. Le juif attendit d’être payé avant de poser la montre sur le comptoir. Puis il donna le signal. Un autre type apparut, du fond de la boutique, et se dirigea vers moi. Il avait la main droite dans la poche. C’était un flic, évidemment. 
- Passez au fond, dit-il d’une voix calme.
- Je m’apprêtais à obéir lorsqu’un autre Noir, innocent celui-là, entra dans le magasin. J’appris plus tard qu ‘il avait fini son service militaire justement ce jour-là. Le flic pensa que c’était un associé, et se tourna vers lui.
Je demeurais là, armé, immobile, pendant que l’inspecteur, me tournant le dos, interrogeait l’autre Noir. Encore aujourd'hui, je suis persuadé que même alors Allah était avec moi. Je n’ai pas essayé de le descendre. Et c’est ce qui m’a sauvé la vie. Je me souviens que l’inspecteur s’appelait Shark. Je levai les bras en l’air et lui fis signe :’’ Prenez mon pistolet’’ dis-je. Je le regardais faire. Il était comme hébété. En voyant entrer l’autre noir, il n’avait plus pensé que je pouvais être armé. Il était vraiment très ému parce que je ne l’avais pas descendu. Mon arme à la main, il donna le signal. Deux autres inspecteurs sortirent de leurs cachettes. Ils m’avaient donc tenu en joue. Un faux mouvement et ils auraient tiré. J’ai du revenir mille fois dans mon esprit sur cette journée où j’ai échappé à la mort. C’est pourquoi je suis convaincu que tout est écrit. »
La révélation en prison
Après son arrestation, Malcolm est jugé et condamné à 10 ans de prison en février 1946. Son tempérament fougueux souffre de l’enfermement. Il ne lui reste qu‘ à méditer ses rêves de liberté dans l’exiguïté de sa cellule. Dans la prison de Charleston, il se prend d’amitié avec un détenu très respecté nommé Bimbi qui le fascine par son savoir et sa grandiloquence. En 1948, Malcolm est transféré à la prison de Concord, où il reçoit une lettre de ses frères Philbert et Reginald qui lui affirment « avoir découvert la religion naturelle de l’homme noir et lui demande de ne plus manger de porc. » Ils concluent la lettre en lui annonçant : « Que Dieu venu en Amérique était apparu à un homme nommé Elijah Mohammed. »
L’année suivante, Malcolm est à nouveau transféré dans la ‘’confortable’’ prison de Norfolk dans le Massachusetts. Les détenus ont un accès sans autorisation à une bibliothèque qui avait été léguée par un millionnaire du nom de Parkhurst. Malcolm dévore tous les livres qui se présentent à lui et recopie dans son intégralité le dictionnaire.
La découverte de la lecture éveille en Malcolm « le désir profond, latent, de vivre intellectuellement. » Servi par une mémoire phénoménale et de grandes facultés d’apprentissage, Malcolm acquiert rapidement une solide culture qui lui permet d’effectuer en prison des exposés sur l’historien grec Hérodote, le philosophe Socrate, ou encore sur Shakespeare. Son esprit, qui jadis divaguait sous l’effet de la drogue, exulte désormais au rythme de ses prestations intellectuelles. Il renoue également en prison avec sa négritude.
Au service de la « Nation of Islam » 
A sa sortie de prison en 1952, Malcolm se précipite vers le bain turc afin d’enlever le relent de prison qui « lui collait à la peau. » Il s’installe à Détroit chez son frère Wilfried et occupe un poste dans le magasin de meuble de ce dernier. Le soir après le travail, Malcolm part prêcher dans le ghetto la doctrine véhiculée par Elijah Mohammed au sein de la « Nation Of Islam ». Il est nommé l’année suivante assistant pasteur du temple numéro 1 de Detroit. Le rouquin se prénomme désormais Malcolm X, abandonnant ainsi définitivement son nom d’esclave.
Elijah Muhammad, dirigeant de la Nation of Islam
Ce X, symbole de l’inconnu en mathématique, enclenche la quête identitaire de Malcolm dont l’anonymat est compté. Le recrutement de Malcolm par les Blacks Muslimsconstitue une véritable aubaine. Il contribue rapidement au prestige et au développement de cette organisation. La « Nation of Islam » fut véritablement créée en 1930 à Detroit par un commerçant du nom de W D. FARD qui mourut en 1934. Un autre hurluberlu, Elijah Poole succède à Fard, et substitue son nom d’esclave Poole par celui de Mohammed.
La « Nation of Islam » insiste sur le comportement moral de ses adeptes et prône la séparation des races blanches et noires. Les origines de L’Islam aux Etats-Unis remontent en fait à l’arrivée des premiers esclaves d’Afrique, parmi lesquels certains étaient musulmans. En août 1966, dans sa préface du livre de Georges Breintman, Malcolm X, le pouvoir noir, Claude Julien rapporte le témoignage d’un correspondant du TIMES qui relate sa réception chez un riche blanc où le service domestique était assuré par des esclaves musulmans : « James Cooper (1794-1866) possédait en Géorgie cinq cents esclaves dont une douzaine au moins étaient musulmans. »
Il écrivit à propos de l’un deux : « Sali Bul Ali est un strict mahométan ; il ne boit pas d’alcool, respecte certains jeûnes, en particulier celui du Ramadan. » Claude Julien poursuit en signalant  « qu‘un esclave musulman atteignit une incontestable notoriété : un certain Job, né en 1701 ou 1702 sur les rives de la Gambie, fut capturé en 1730 et expédié au Maryland où il travailla dans une plantation de tabac, s’évada, fut capturé et emprisonné. Des abolitionnistes achetèrent sa liberté et lui payèrent le voyage jusqu’en Angleterre, où il fut reçu à la Cour royale. Il rentra chez lui vers 1735 et s’adonna au commerce. Il savait le Coran par cœur. »
Le dévouement de Malcolm X et ses qualités de tribun font merveille. Il connaît une ascension fulgurante au sein de la « Nation of Islam » devenant l’objet de sollicitations régulières de la presse américaine.
En 1958, il se marie avec Betty X dans l’Indiana. De cette union naîtront 4 filles : Atilah, Kubilah, Ilyasah, et Amilah. Betty disparaîtra (ironie d’un sort cruel) en 1997, suite à un incendie provoqué dans sa maison par son petit-fils prénommé Malcolm !
Trahi par les siens
La popularité de Malcolm X fait alors beaucoup d’envieux et suscite la jalousie parmi les dirigeants de la « Nation of Islam », certains allant jusqu'à le discréditer en faisant circuler des rumeurs d’enrichissement personnel.
Durant l’automne 1963, Elijah Mohammed profite d’une déclaration ambiguë de Malcolm X sur la mort du président Kennedy pour le suspendre de la « Nation of Islam » pendant 90 longs jours. Malcolm X transforme cette suspension en une rupture. Il crée la « Muslim Mosque » (La Mosquée Musulmane) en 1964, avant de programmer son départ pour la Mecque afin de s’initier à la connaissance d’un Islam authentique. Il rencontre le docteur Chawarbi, un imminent savant musulman en poste à l’ONU, qui lui remet une lettre approuvant sa candidature au pèlerinage, facilitant ainsi l’obtention d’un visa pour l’Arabie saoudite.
Malcolm X avec  le grand boxeur Mohammed Ali
Au cours de ce voyage, il rédige une lettre, le 20 avril 1964, à Djeddah (Arabie saoudite), qui dépeint l’atmosphère chaleureuse et fraternelle entre toutes les races unies autour de L’Islam : « Dans le monde musulman, je venais de voir pour la première fois de ma vie des hommes à la peau blanche se conduire avec moi comme des frères. » Il est également surpris de sa notoriété et du prestige que rencontre dans le monde son combat. Il est l’hôte du prince Faycal d’Arabie saoudite, ainsi que de prestigieux chefs d’Etats africains.
A son retour de la Mecque, Malcolm X fonde l’organisation pour l’unité afro-américaine. Il prend conscience de l’intérêt de donner une dimension internationale à la lutte des Noirs aux USA. Il entreprend une autre tournée en Afrique, ponctuée par des visites de la casbah de Casablanca et de celle d’Alger, suivie d’une autre tournée au Proche-Orient. La pensée de Malcolm s’enrichit et s’ouvre sur l’universalisme. Il abandonne définitivement le projet séparatiste avec la société américaine, au profit d’une transformation du système américain à même d’assurer l’émancipation de la communauté noire.
Sa rupture avec la « Nation of Islam » était en fait prévisible. Le 1er juin 1964, il déclare au magazine Jeune Afrique : « Si j’ai quitté le mouvement des Blacks Muslims, c’est parce que j’estimais qu’il était trop sectaire et que ce sectarisme finissait par paralyser son action militante ». Cette évolution idéologique forgera en partie la grandeur de Malcolm X, dont la disparition précoce annihilera la nécessaire maturation d’une pensée encore naissante.
Le 13 février 1965, il regagne les USA après un long périple en Europe marqué par une interdiction d’accès du territoire français par les autorités françaises qui ont agi visiblement sous la pression du gouvernement américain. Cette décision a provoqué l’indignation de Malcolm X, qui devait s’exprimer dans un rassemblement en faveur de la lutte des Noirs aux USA, organisé par des parisiens, des Afro-américains, ainsi que des militants des Caraïbes, et d’Afrique. Une interdiction d’autant plus scandaleuse, que Malcolm X avait effectué un séjour plutôt réussi en France en novembre 1964.
Il sera assassiné le 21 février 1965 dans la salle de bal Audubon. Son corps sera criblé de 13 chevrotines et de plusieurs balles : « J’ai toujours pensé que je mourrais de mort violente et j’ai fait mon possible pour m’y préparer » pressentait Malcolm X. Trois membres des Black Muslims, Norman 3x Butler, Thomas 15 X Johnson, et Talmadge Hayer seront condamnés à la prison à vie, le 14 avril 1966, pour le meurtre de Malcolm X. Ses obsèques se déroulèrent devant une foule immense. Malcolm X fut enterré au cimetière de Farncliff à New-York. Sur la plaque de son cercueil fut gravé : « El Hadj Malik ‘’El-Shabazz-19mai1925-21février1965. » Sa fille de 6 ans, Attilah, exprima avec candeur son chagrin dans une lettre : « Cher papa, je t’aime tant, mon Dieu, mon Dieu, comme je voudrais que tu ne sois pas mort. »
Qui sont les véritables commanditaires de l’assassinat de Malcolm X ?
Jusqu’à ce jour les commanditaires de l’assassinat de Malcolm X n’ont jamais été clairement identifiés. Cependant, l’hypothèse d’une action concertée entre Le « FBI » et la « Nation Of Islam » n’est pas à exclure. Ces deux milieux avaient en effet quelques intérêts à la liquidation de Malcolm X.
 
Egar Hoover,  directeur du FBI de 1935 à 1972
Depuis 1964, date de sa rupture avec la « Nation of Islam », Malcolm X ne se privait pas de dénoncer la corruption et le charlatanisme des dirigeants de cette organisation. Dans un entretien accordé, le 8 janvier 1965, au Young Socialist, il déclara que : « La « Nation Of Islam » ne prend aucune autre part dans la lutte des noirs de ce pays pour changer leurs conditions, si ce n’est celle d’offrir une force morale pour amener nos gens à cesser de se saouler ou de se droguer. C’est insuffisant une fois sobre, vous restez pauvre (...) Tous ces militants déterminés ont été paralysés par une organisation qui ne prend aucune part active dans aucun combat. »
Pire encore pour la « Nation of Islam », dans un discours daté du 3 avril 1964, prononcé à l’église méthodiste de Cory, Malcolm X soulignait son impuissance en offrant une alternative politique crédible à la lutte des Noirs : « Pour terminer, j’aimerais vous dire quelques mots de la « Muslim Mosque » que nous avons récemment fondée à New-York. C’est vrai nous sommes musulmans, notre religion est l’Islam, mais nous ne mélangeons pas notre religion et notre politique (nous ne les mélangerons plus). Une fois nos offices terminés, nous nous engageons, en tant que musulmans, dans l’action politique, l’action économique et l’action sociale et civique. Nous y participons en tous lieux, en tous temps, et de toutes les façons aux côtés de tous ceux qui luttent pour mettre un terme aux maux politiques, économiques et sociaux, qui affligent notre communauté. »
D’autre part, quelques jours avant son assassinat, Malcolm X menaça au cours d’un meeting à Détroit, organisé par l’Afro-American Broadcasting Compagny, de faire des révélations sur les dirigeants de la « Nation of Islam » : « Ils ont ouvert la polémique contre moi et, qui plus est, tenté de me réduire au silence, parce qu’ils n’ignorent pas ce que je sais sur leur compte. A mon avis, ils devraient me connaître assez bien pour savoir qu’ils ne parviendront sûrement pas à me faire peur. Mais lorsque je révèlerai ce que je sais, il est des faits relatifs à la Nation of Islam qui vous scandaliseront, lorsque vous en aurez connaissance. »
Elijah Muhammad, dirigeant  de  la Nation of Islam vivait dans le luxe  et  multipliait les frasques sexuelles. 

Le tournant idéologique de Malcolm X dérange
Dans une correspondance rédigée depuis Lagos (capitale du Nigéria) le 10 mai 1964, Malcolm X confirme clairement son évolution qui l’amène à transcender le clivage racial entre Noirs et Blancs : « Le Coran fait au monde et au musulman une obligation de prendre le parti de ceux dont les droits humains sont violés, quelle que soit la conviction religieuse des victimes. La religion de l’Islam tient à cœur les droits de tout le genre humain, sans distinction de race, de couleur ou de croyance. Pour elle, tous (et chacun) sont membres d’une seule et même famille, la famille humaine. »
Cette évolution de la pensée de Malcolm X s’accompagne d’une nouvelle stratégie politique. Il décide de projeter la question du statut des Noirs américains au-delà des frontières américaines, à travers la recherche de soutiens et de relais à son combat sur une scène internationale marquée, alors, par l’émergence de nouvelles nations en lutte contre toutes les formes d’impérialisme et de colonialisme : « La seule façon dont nous nous libérerons passe par notre identification avec les peuples opprimés du tiers monde.(...) quand les 22 millions d’Américains noirs s’apercevront que nous avons le même problème que les opprimés du Vietnam du Sud, du Congo et de l’Amérique Latine - étant donné que les opprimés constituent la majorité et non la minorité sur cette terre, nous serons amenés à envisager notre problème en majorité capable de revendiquer et non plus en minorité réduite à la mendicité. » (Meeting à New-York, salle Audubon, le 20 décembre 1964)
   
Rencontre entre Malcolm X et Fidel Castro
Le tournant idéologique opéré par Malcolm X (abandon du projet fantaisiste de séparatisme, passage du nationalisme noir à l’universalisme, déplacement de la lutte des Noirs à un niveau plus politique) conférait à son combat une efficacité et un réalisme qui faisaient de lui un opposant redoutable à certains cercles du gouvernement américain.
Malcolm X ne manquait jamais de fustiger la politique étrangère américaine. Sur le plan intérieur, il renvoyait dos à dos les partis républicain et démocrate en plaidant pour un vote noir indépendant, ainsi qu ‘il a annoncé au cours du Harvard Law School Forum, le 16 décembre 1964 : « Il faut que nous acquérions une meilleure compréhension de la science politique et que nous nous fassions inscrire sur les listes électorales. Nous ne devons pas prendre, de quelque façon que ce soit, fait et cause pour l’un quelconque de ces partis. A mon avis, nous devrions limiter notre action politique à la situation donnée, sans du tout chercher à nous identifier ou à nous vendre à l’un des deux partis, mais en nous engageant dans une action politique consacrée au bien des êtres humains et destinée à en finir avec toutes ces injustices. »
 
Malcolm X et Martin Luther King
L’évolution idéologique de Malcolm X enlevait en fait tout argument de « diabolisation » à ses ennemis qui souhaitaient le confiner dans une marginalisation stérile. Bénéficiant d’une aura internationale, il devenait un interlocuteur et un acteur politique crédible de la société américaine.
Ce qui explique qu’il était sous la surveillance permanente du FBI et de la CIA, dont il n’avait de cesse de dénoncer l'espionite aiguë : « On nous surveillait. Nos téléphones étaient sur table d’écoute. Aujourd’hui encore, si je devais parler au téléphone de bombarder l’empire State Building, je vous garantis que ce gratte-ciel serait cerné dans les cinq minutes ». Le journaliste Alex Haley (auteur du fameux roman Racines transposé en feuilleton à l’écran) avec qui il rédigea son autobiographie, rappelait qu’avant de rentrer chez lui, Malcom X prononçait la formule rituelle « Allo ! allo ! le FBI, vous êtes branchés ? Parfait, ici Malcolm X. »
Alex Haley
Cette surveillance du FBI n’est que le compartiment d’un programme de contre-espionnage mis en place en 1956 et surnommé le Cointelpro.Ce programme, qui avait été initialement élaboré en direction des sympathisants et militants du parti communiste américain, sera prioritairement orienté en 1967 vers les mouvements noirs.
Le FBI a ainsi défini en des termes pour le moins explicites la mission du Cointelpro qui  consiste à «  démasquer, briser, fourvoyer, discréditer, ou au moins neutraliser les activités des organisations nationalistes noires qui prêchent la haine ». L’objectif du Cointelpro, tel qu‘il a été assigné en 1967, visait à l’époque un des principaux mouvements nationalistes noirs influencé par Malcolm X : les Blacks Panthers, (Blacks Panthers Party fondé en Californie par deux étudiants en droit : Huey P.Newton et M.Bobby Seale).
Huey Newton & Bobby Seale
Certes, ce programme intervient deux années après la mort de Malcolm X, mais il démontre la volonté notoire du FBI de recourir à toutes les méthodes de répression y compris le crime pour étouffer toute voix contestataire noire du système américain.
L’ignoble Hoover, responsable du FBI durant cette période, n’avait-il pas rédigé une note qui annonçait clairement que « Le Cointelpro doit empêcher la naissance d’un messie qui pourrait unifier et électriser le mouvement nationaliste noir (...) Il faut faire comprendre aux jeunes Noirs modérés que, s’ils succombent à l’enseignement révolutionnaire, ils seront des révolutionnaires morts (...) ne vaut-il pas mieux être une vedette sportive, un athlète bien payé ou un artiste, un employé ou un ouvrier plutôt qu‘un Noir qui ne pense qu’à détruire l’establishment et qui, ce faisant, détruit sa propre maison, ne gagnant pour lui et son peuple que la haine et le soupçon des Blancs ! »
Malcolm X, qui se définissait comme le Noir « le plus en colère de l’Amérique », reste une des figures les plus emblématiques de la lutte des Noirs contre l’oppression et le racisme. Il a inscrit son nom dans le panthéon des personnalités musulmanes du siècle précèdent. Sa méfiance viscérale de tous les pouvoirs honorait un homme pour qui la défense de son idéal avait le prix du sacrifice. Son combat désintéressé et sans compromission était marqué du sceau de la foi en Dieu.
Ainsi dans son autobiographie, il concluait le dernier chapitre sur ces paroles : « Si je meurs en ayant apporté la plus petite lumière, la plus petite parcelle de vérité, si je meurs en ayant pu contribuer à détruire le cancer raciste qui ronge la chair américaine, alors, tout le mérite en revient à Allah. Ne m’imputez que les erreurs. » Rien, pas même l’ombre de la mort, ne venait altérer la détermination d’un homme mû par de puissantes convictions et dont la bravoure n’avait d’égal que son immense humilité.


  


  
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